LIVRE VII, CÏÎAP. I. S
dé la dame Lorença Sephora , première femme de Sérapliine, une inclination violente pour monsieur l'intendant. 'Ma conquête , pour dire les choses en fidèle historien, faisoit la cinquantaine. "Cependant un air de fraîcheur, un visage agréable, et deux beaux yeux dont elle savoit habibment se servir , pouvoient la faire encore passer pour une espèce de bonne fortune. Je lui aurois souhaité seulement un teint plus vermeil, car erlJe étoit fort pâle; ce que J6 né manquai pas^'at* tribuer à Taustérité du célibat.
La dame m'agaça long-temps par des regards où son amour étoit peint; mais au lieu de répondre à «es œillades, jc*fis d'abord semblant de ne pas m'apercevoir de son dessein. Par là je lui parus un galant tout neuf; ce qui ne lui déplut point. S'imaginant donc ne devoir pas s'en tenir au langage des yeux avec un jeune homme qu'elle <aroyoit moins éclairé qu'il ne l'étoit, dès le premier entretien que nous eûmes ensemble , elle me déclara ses sentiments en termes fomwls , afin que je n'en ignorasse. Elle s'y prit en femaie qui avoit de l'école : elle feigoit d'être déconcertée en me parlant; et, après m'a voir dit à boa compte tout ce qu'elle vouloit me dire , elle se cacha le visage , pour me faire croire qu'elle avoit honte de me laisser voir sa foiblesse. Il fallut bien me rendre ; et quoique la vanité me déterminât plus que le sentiment , je me montrai fort sensible à ses marques d'affection. J'affectai même d'être pressant, et je fis si bien le passionné, que je m'attirai des reproches. Lorénça me prit avec tant de douceur, qu'en me recommandait d'avoir de la retenue, elle ne paroissoit pafs fâchée que j'en eusse manqué. J'aurois
pousgé les choses encore plus loin , si l'objet aimé n'eût pas craint de me donner mauvaise opinion de sa vei-tu, enm'accordant une victoire trop facile. Ainsi nous nous séparâmes jusqu'à une nouvelle entrevue ; Sephora , persuadée que sa fausse résistance la faisoit passer pour une vestale dans mon esprit, et moi plein de la douoe espéranee de mettre bientôt cette aventure à fin.
Mes affaires étoient dans cette heureuse disposition, lorsqu'un laquais de don César m'apprit une nouvelle qui modéra ma joie. Ce garçon étoit un de ces domestiques curieux qui s'appUquent! à découvrir ce qui se passe dans une maison. Comme il me faisoit assidûment sa cour, et qu'il me régaloit de quelque nouveauté tous les jours , il me vint dire un matin qu*il a voit fait une plaisante découverte; qu'il vouloit m'en faire part , à condition que je gavderois le secret , attendu que cela regardoit la dame Lorença Sephoipa, dont il crkignoit, disoit-il, de s'attirer le ressentiment. J'avois trop d'envie d'apprendre ce qu'il avoit à me dire, pour ne lui pas promettre d'être discret; mais, sans paroître y prendre le moindre intérêt , je lui demandai, le plus froidement qu'il me fut po^ible, ce que c'étoit que la découverte dont il me faisoit fête. Lorença , me dit-il , fait secrètement entrer tous les soirs dans son appartement le chirurgien du village, qui est un jeune homme des mieux bs^tis, et le drôle y demeure assez long-temps. Je veux croire, ajoutât-il d'un air malin, que cela peut fort bien être innocent; mais vous convienfhrez qu'un garçon qui se glisse mystérieusement dans la chambre d'une fitte , dispose à mal juger d'elle.