‹ Œuvres de Le SageChapitre 200 sur 321 · LIVRE X, CHAP. X. 36f · texte numérisé non relu

LIVRE X, CHAP. X. 36f

Yëritablement je fomiois mes lettres, et je lesliois de façon que cela ressembioit un peu à de récriture; et c'en étcrit 'assez pour les expéditions d'une tavenie de village. Je te retiens donc à mon service , me répliqua l'hôtesse. Tu ne me seras pas inutile ; tu tiendras ici le registre de mes dette» actives et passives.. Je ne te donnerai point de gages, ajouta- t-elle, attendu qu'il vient dans cette hôtellerie d'honnêtes gens qui n'oublient pas les valets. Tu pçux compter sur de bons petits profits.

J'acceptai le parti, me réservant, comme vous pouvez croire, le droit de changer d'air sitôt que le séjour de Galves cesseroit de m'être agréable. Dès^e je me vis arrêté pour servir dans cette hôtellerie, je me sentis l'esprit travaillé d'une grande inquiétude, et plus j'y pensois, plus ma crainte me sembloit bien fondée. Je ne voulois pas qu'on sût que j'ayois de l'argent, et j'étois bien en peine de savoir où je le cacherpis, pour qu'il fût à couvert de toute main étrangère. Je ne connoissois pas encore assez la maison pour me fier aux endroits les plus propres à le receler. Que les richesses causent d'embarras! J'étois dans de continuelles alarmes. Je me déterminai pourtant à mettre mon sac dans un coin de notre grenier où il y avoit de la paille ; et le croyant là plus en sûreté qu'ailleurs, je me tranquillisai autant qu'il me fut possible.

Nous étions trois domestiques dans cette maison : u]\gros garçon d'écurie, une jeune servante de Galice et moi. Chacun de nous tiroit tout ce qu'il pouvoit des voyageurs qui s'y arrêtoient. J'attrapois toujours de ces messieurs quelques pièces de menue monnoie, quand

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j'allois leur porter le mémoire 4e leur dépense. Ils donnoient aussi quelque chose au valet d'écuAe, pour avoir eu soin de leurs montures; mais pour la Galicienne, qui étoit Tidole des muletiers qui passoient parla, elle gagnoit plus d'écus que nous de maràvédis. Je n'a vois pas sitôt reçu un sou, que je le portois au grenier pour en grossir mon trésor ; et plus je voyois augmenter 'mon bien , plus je sentois que mon petit cœur s'y attachoit. Je baisoîs quelquefois mes espèces; je les contemplois avec un ravissement qui ne peut être compris que pat les avares. -

L'amour que j'avois pour mon trésor m'obligeoit à Palier visiter trente fois par jour. Je rencontrois souvent sur Tescalier l'hôtesse, laquelle, étant trèfs défiante de son tiaturel , fut curieuse un jour de savoir ce qui pouvoit à tout moment m'attirer au grenier. Elle y monta et se mit à fureter partout, s'imaginant que je cachois peut-être dans ce galetas des choses que jedérobois dans sa maison. Elle n'oublia pas de remuer la paille qui couvroit mon sac , et elle le trouva. Elfe l'ouvrit; et, voyant qu'il y a voit dedans desécus et des pistoles , elle crut ou fit semblant de croire que je lui avoi^ volé cet argent. Elle s'en saisit à bon compte. Puis , m'appelant petit misérable , petit coquin , elle ordonna au garçon d'écurie , tout dévoué à ses volontés , de m'appliquer une cinquantaine de bons coups de fouet; et, après m'avoir si bien fait étriller, elle me mit à la porte, en disant qu'elle ne vouloit point souffrir chez elle de fripon. J'eus beau protester que je n'avois point volé l'hôtesse, elle soutint le contraire, et on la crut plutôt que moi. C'est ainsi que les espèces

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