‹ Œuvres de Le SageChapitre 237 sur 321 · LIVRE XI, CHAF. III. 43i · texte numérisé non relu

LIVRE XI, CHAF. III. 43i

m'accabler de reproches; je le mérite, si toutefois je n'ai pas expié mon crime par les remords qui l'ont suivi. Puisque vous vous êtes repenti de votre faute , reprit Navarro en m'embrassant, je ne dois plus m'en ressouvenir. De mon côté , je pressai Joseph entre mes bras ; et tous deux nous reprîmes l'un pour l'autre nos premiers sentiments.

Il avoit appris mon emprisonnement et la déroute de mes affaires ; mais il ignoroit tout le reste; Je l'en informai; je lui racontai jusqu'à la conversation que j'avois eue avec le roi , et je ne lui cachai point la mauvaise réception que 1^ ministre venoit de me faire , non plus que le dessein où j'étois de me 'retirer dans ma solitude. Gardez-vous bien de vous en aller ! me dit-il; puisque le monarque a témoigné de l'amitié pour vous, il faut bien que cela vous serve à quelque chose. Entre nous le comte d'Oliv^irès a l'esprit un peu fantasque et singulier ; c'est un seigneur plein de caprices : quelquefois, tomme dam cette occasion, il agit d'une manière qui révolte; et lui seul a la clef dé ses actions hétéroclites. Au reste , quelques raisons qu'il ait de vous avoir Dwl reçu, tenez ici pied à boule; il n'empêchera pa# que vous ne profitiez des bontés du prince ; c'est de quoi je puis vous assurer. J'en dirai deux mots ce soir au seigneur don Baltazar de Zuniga mon maître , qui est oncle du co*nte d'Olivarès , et qui partage avec lui les soins du gouvernement ^. Navarro m'ayant'ainsi parlé , me demanda où je demeurois, et là-dessus nous nous séparâmes.

' Voyez ci-après ; sur Baltazar de Zujiiga, la note i du chapitre v.

4^2 " tJIL BLÀS.

Je ne fus pas long-temps sans le revoir; il vint le jour suivant me retrouver. Seigneur de Santillane, me, dit-il , vous avez un protecteur ; mon maître veut vous prêter son appui : sur le bien que je lui ai dit de votre seigneurie, il m'a promis de parler pour vous au comte d'Olivarès son neveu; je ne doute pas qu'il ne le prévienne en votre faveur, et j'ose vous dire que vous pouvez compter sur cela. Mon ami Navarro, ne voulant pas me servir à demi , me présenta deux jours après à don Baltazar, qui me dit d'un air gracieux : Seigneur de Santillane , votre ami Joseph m'a fait votre éloge dans des termes qui m'ont mis'dans vos intérêts. Je iBs une profonde révérence* au seigneur de Zuniga, et lui répondis que je sentirois vivement toute ma vie l'obligation que j 'a vois à Navarro de m'a voir procuré la protection d'un ministre qu'on appeloit à juste titre le Flambeau du conseiL Don Baltazal* , à cette réponse flatteuse , me frappa sur l'épaule en riant , et reprit de cette sorte : Vous pouvez dès demain retourner chez le comte d'Olivarès , vous serez plus content de lui.

Je reparus donc pour la troisième fois devant le premier ministre, qui m'ayant démêlé dans la foule, jeta sur moi un regard accompagné d'un souris dont je tirai bon augure. Cela va bien , dis-je en moi-même , l'oncle a fait entendre raison au neveu. Je ne m'attendis plus qu a ûh accueil favorable , et mon attente fut rem* plie. Le comte , après avoir donné audience à tout le monde, me fît passer dans son cabinet, oîi il me dit d'un air familier : Ami Santillane, pardonne-moi l'embarras oïl je t'ai mis pour me divertir ; je me suis fait un plaisir de t'inquiéter pour éprouver ta prudence, et

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