‹ Œuvres de Le SageChapitre 24 sur 321 · LIVRE VII, eu A P. vn. /Î · texte numérisé non relu

LIVRE VII, eu A P. vn. /Î

bourg de Salsedon, en 3iscaye, ravoit vu naître. Re-^ présente-toi un grand hoinrae pâle et décharné, une figure à servir de modèle pour peindre le bon larron. A peine paroissoit-il regarder les sœurs. Tu n'as jamais vu de face si hypocrite, quoique tu aies demeuré à l'ardievêché.

Je rencontrai donc, poursuivit-elle, le seigneur Zen- 4ono, qui m'arrêta en me disant : Ck)nsolez-vous, ma fiUe, je suis touché de vos malheurs. Il n'en dît pas da^ntage, et il continua son chemin, me laissant faire les commentaires qu'il me plairoit sur un texte si laconique. Comme je k croyois un homme de bien, je m'imaginai bonnement qu'il s'étoit donné la peine d'examiner pourquoi j'avois été enfermée ; et que, ne me trouvant pas assez coupable pour mériter d'être traitée avec tant d'indignité, il vouloit me servir auprès du corrégidor. Je ne connoissois pas le Biscayen ; il avoit bien d'autres intentions. 11 rouloit dans son esprit un projet de voyage dont il me fit confidence quelque» jours après. Ma chère Laure, me dit- il, je suis si sensible à vos peines, que j'ai résolu de les finir. Je n'ignore pas que c'est vouloir me perdre; mais je ne suis plus à moi, et je ne veux vivre que pour vous. La situation oii je vous vois me perce l'âme. Je prétends dès demain» vous tirer de votre prison , et vous conduire moi-même .à Madrid. Je veux tout saerifier au plaisir d'être votre libérateur.

Je pensai m'évanouir de joie à ces paroles de Zendono, qui, jugeant par mesf remereîments que je ne demandois pas mieux que de ihe sauver^ eut l'audace,, le jour suivant, de m'enlever devant tout le monde,.

ainsi que je vais le. rapporter. Il dit à la supérieure qu'il avoit ordre de me mener au corrégidor, qui étoit à une maison de plaisance à deux lieues de la ville, et il me fit effrontément monter avec lui dans une chaise de poste tirée par deux bonnes mules qu'il avoit achetées exprès. Nous n'avions pour tout domestique qu'un valet qui conduisoit la chaise, et qui étoit entièrement dévoué à l'économe. Nous commençâmes à rouler non du coté de Madrid, comme je me l'imaginois, mais vers les frontières de Portugal, où nous arrivâmes en moins de temps qu'il n'en falloit au corrégidor de Zamora pour apprendre notre fuite et mettre ses lévriers sur nos traces.

Avant que d'entrer dans Bragance, le Biscayen mé fit prendre un habit de cavaUer, dont il avoit eu la précaution de se pouvoir; et, me comptant embarquée avec lui, il me dit dans une hôtellerie où nous allâmes loger : Belle Laurè , ne me sachez pas mauvais gré de voufi avoir amenée en PortugaL Le corrégidor de Zamora nous fera chercher dans notre patrie, comme deux criminels à qui l'Espagne ne doit point accorder d'asile. Mais , ajouta-t-il, nous pouvons nous mettre à couvert de son ressentiment dans ce royaume étranger, quoiqu'il soit maintenant soumis à la domination espagnole. Nous y serons du moins plus en sûreté que d^ns notre pays. Laissez- vous persuader, mon ange; suivez un homme qui vous adore. Allons nous établir à Coimbre. Là, je me ferai espion du saint-office; et, à l'ombre de ce tribunal redoutable, nous verrons impunément couler nos jours dans de tranquilles plaisirs. ' Une proposition si vive me fit connoître que j'avois

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