LIVRE XI, CHAP. V
pour l'avenir. Pour cet effet, je faisois parler le comte (fOlivarès comme un restaurateur envoyé du ciel pour le salut de la nation; je promettois monts et merveilles. En un mot j'entrai si bien dans les vues du nouveau ministre, qu'il parut surpris de mon ouvrage lorsqu'il l'eut lu tout entier. Santillane, me dit-il, je ne t'aurois pas cru capable de composer un pareil mémoire. Saistu bien que tu viens de faire un morceau digne d'un secrétaire d'étal? Je ne m'étonne plus si le duc de Lerme exerçoit ta plume. Ton style^ est concis et même élégant; mais je le trouve un peu trop naturel. En même temps , m'aysmt fak remarquer les endroits qui n'étoient pas de son goût, il les changea; et je jugeai par ses corrections qu'il aimoit, comme Navarro me l'a voit dit, les expressions recherchées et l'obscurité. Néanmoins, quoiqu'il voulût de la noblesse, ou, pour mieux dire, du précieux dans la diction, il ne laissa pas de conserver les deux tiers de mon mémoire ; et , pour me témoigner jusqu'à quel point il en étoit satisfait , il m'envoya par don Raimond trois cents pistoles à l'issue de mon dîner.