‹ Œuvres de Le SageChapitre 250 sur 321 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Par quel hasard y dans quel endroit et dans quel état Gil Blas retrouva smn and Fabrice^ eC de V entretien qù ils eurent ensemble.

^Hommage iniK>lonUÎre à Topinion publique. — Poète qui a fait son chemin. — Adieu aux muses. Secours au mérite malheureux.

Rien ne faisoit phis de plaisir à monseigneur que d'apprendre ce qu'on pensoit à Madrid de la conduite qu'il tenoit dans son ministère. Il me demandoit tous les jours ce qu'on disoit de lui dans le monde. Il avoit même des espions qui, pour son argent, lui rendoient un compte exact de tout ce qui se passoit dans la ville. Ils lui rapportoient jusqu'aux moindres discours qu'ils avoient entendus; et, comme il leur ordonnoit d'être , sincères, son amour-propre en souffroit quelquefois, car le peuple a une intempérance de langue qui ne respecte rien.

Gil Blas. TT. aç)

45o GIL BLAS.

Quand je m'aperçu» que le comte aimoit qu'on lui fît des rapports, je me mis sur le pied d'aller Taprèsdînée dans des lieux publics, et de me mêler à la conversation des honnêtes gens, quand il s'y en trouvoit. Lorsqu'ils parloient du gouvernement, je les ëcoutois avec attention; et s'ils disoient quelque chose qui méritât d'être redit à son excellet^ce , je ne manquois pas de lui en faire part. Mais il fayt observer.que je ne lui rapportois rien qui ne fût à son avantage. Il me sembloit que j'en devois user ainsi avec un homme du caractère de ce ministre.

Un jour, en revenant de l'un de ces endroits, je passai devant la porte d'un hôpital. Il me prit envie d*y entrer. Je parcourus deux ou trois salles remplies de malades alités, en promenant ma v^e de toutes parts. Parmi ces malheureux,, que je ne regardpi^ pas sans compassion, j'en remarquai un qui me fraj^a; je crus reconnoitre en lui Fabrice, mon ancien eamarade et mon compatriote. Pour le voir de plus près, je m'approchai de son lit, et ne pouvant douter que ce ne fût le poète Nuuez , je demeurai quelques moments à le considérer sans rien dire. De son côté, il me remit aussi et ni'envisagea de la même façon. Enfin, rompant le silence : Mes yeux, lui dis-je, ne me troryipent-ik point? est-ce en effet Fabrice que je rencontre ici? C'est lui-même, répondit-il froidement, et tu ne dois pas t'en étonner. Depuis que je t'ai quitté, j'ai toujours fait le métier d'auteur, j'ai composé des romans, des comédies, toutes sortes d'ouvrages d'esprit. J'ai fait mon chemin; je suis à l'hôpital.

Je ne pus m'empêcber de rire de ces paroles, et en-

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