‹ Œuvres de Le SageChapitre 252 sur 321 · LIVRE XI, CHAP. Vir · texte numérisé non relu

LIVRE XI, CHAP. Vir

théâtre vingt ans après , elles sont pour la plupart assez mal reçues. La génération présente accuse de mauvais goût celle qui Ta précédée , et ses jugements sont contredits à leur tour par ceux de la génération suivante. C'est ce que j'ai toujours remarqué , et de là je conclus, que les auteurs qui sont applaudis présen* tement doivent s'attendre à être siffles dans la suite. Il en est de même des romans et des autres livrée amusants qu'on met au jour; quoiqu'ils aient d'abord une approbation générale, ils tombent insensiblement dans le mépris. L'hoimeur qui nous revient de l'heureux succès d'un ouvrage n'est donc qu'une pure chimère, qu'une illusion de l'esprit, qu'un feu de paille dont la fumée se dissipe bientôt dans les airs.

Quoique je jugeasse bien que le poëte des Asturies ne parloit ainsi que par mauvaise humeur , je ne fis pas semblant de m'en apercevoir. Je suis ravi, lui dis-je , que tu sois dégoûté du bel esprit, et radicalement guéri de la rage d'écrire. Tu peux compter que je te ferai donner incessamment un emploi où tu pourras t'enrichir sans être obligé de faire une grande dépense de génie. Tant mieux, s'écria-t-il, l'esprit me pue, et je le regarde à l'heure qu'il est comme le présent le plus funeste que le ciel puisse faire à l'homme. Je souhaite, repris-je, mon cher Fabrice, que tu conserves toujours les sentiments où tu es. Si tu persistes à vouloir quitter la poésie , je te le répète, je te ferai obtenir bientôt un poste honnête «t lucratif. Mais ç& fAr tendant q^ie je te rende ce ser\'ice, ajoutai*je en lui pressentant une bourse où il y àvoit ime soixantaine de pi^r tôles , je te prie de recevoir cette petite msorque d'amitié.

O généreux ami ! s'écria le fits du barbier !Nunez ^ transporté d^ joie et dé reconnoissance ; quelles grâces n'ai-je pas à rendre au ciel de t'avoir fait entrer dans cet hôpital , d'où je vais dès ce jour sortir par ton assistance ! comme efl^ctivement il se fit transporter dans une diambre garnie. Mais avant que de nous séparer , je lui enseignai ma demeure, et rinvitai à nM. venir voir aussitôt que sa santé seroh rétablie, il fit paroître une extrême surprise, lorsque je lui dis que j'étoià logé cliez le comte d'OIivarès. O trop beureux Gil Blas ! me dit«il , dont le sort est de plaire auit ministres, je me réjouis de ton . bonheur , puisque tu en fais un si bon usage.

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