‹ Œuvres de Le SageChapitre 294 sur 321 · LIVRE XII, CHAP. VI. Siy · texte numérisé non relu

LIVRE XII, CHAP. VI. Siy

lui firent tous les honneurs qu'ils auroient rendus à un enfant légitime du comte-duc. Ce ministre , ravi de voir encenser son idole , ne tarda guère à la parer de dignités. U commença par demander au roi , pour don Henri, la croix d'Alcantara , avec une commanderie de dix mille écus. Peu de temps après il le fit recevoir gentilhomme de la chambre ; ensuite , ayant pris la résolution de le marier , et voulant lui donner une dame de la plus noble maison d'Espagne , il jeta les yeux sur dona Juanna de Vélasco, fille du duc de Castille, et il eut assez d'^autorité pour la lui faire épouser en dépit de ce duc et de ses parents.

Quelques jours avant ce mariage , monseigneur, m'ayatit envoyé chercher , me dit en me mettant des papiers entre les mains : Tiens, Gil Blas, j'ai- un nouveau présent à te foire. Je crdis qu'il ne te sera pas désagréable; voici des lettres de noblesse que j'ai fait expédie» pour toi. Monseigneur, lui répondis-je assez surpris de ces paroles, votr» excellence sait que je suis fils d'une duègne et d'un écuyer; ce seroit,. ce me semble, profaner la noblesse que de m'y agréger; et c'est de toutes les grâces que sa majesté me'peut faire celle que je mérite et que je désire le moins. Ta nais^ sance, reprit le ministre, est un obstacle facile à lever. Tu as été occupé des affaires de l'état sous le ministère du duc de Lerme et sous le mien; d'ailleurs, ajoutat-il avec un souris , n'as-tu pas pendu au monarque des services qui méritent une récompense ? En un mot , Santillane , tu n'es pas indigne de l'honneur que j'ai voulu te faire : de plus, et cette raison est sans réplique, le rang que tu tiens auprès de mon fils demande

que tu sois noble ; je t'avouerai même que c'est à cause de cela que je t'ai donné des lettres de noblesse. Je me rends , monseigneur , lui répliquai-je , puisque votre excellence le veut absolument. En achevant ces mots, je sortis avec mes patentes que je serrai dans ma poche. Je suis donc présentement gentilhomme! dis -je en moi-même lorsque je fus dans la rue ; me voilà noble sans que j'en aie l'obligation à mes parents : je pourrai, quand il me plaira , me faire appeler don Gil Blas ; et , si quelqu'un de ma connoissance s'avise de me rire au nez en me nommant ainsi, je lui ferai signifier mes lettres. Mais lisons-les, continuai-je en les tirant de ma poche; voyons un peu de quelle façon on y décrasse le vilain. Je lus donc mes patentes , qui portoient en substance : Que le roi , pour reconnoîtrè le zèle que j'avois fait paroître en plus d'une occasion pour son service et pour le bien de l'état, avoit jugé à propos de me gratifier de lettres de noblesse. J'ose dire, à ma louange, qu'elles ne m'inspirèrent aucun orgueil. Ayant toujours devant les yeux la bassesse de mon origine , cet honneur m'humilioit au Heu de me donner de la vanité : aussi je me promis bien de renfermer mes patentes dans un tiroir , sans me vanter d'en être pourvu. '

' L'auteur du Gil Blas allemand ne s'est pas contenté d'anoblir son héros, qui, de Pierre Claus, devient S. Exe. M. Claus de Clausbach; il lui fait conférer un ordre de cheyalerie, et voici comme il en rend compte. C'est Clausbach qui parle lui-même : ■ Au commencement de % l'année 1784, quelques mois après m'avoir nommé ministre d'état, il « prit envie à S. A, de fonder un ordre de chevalerie ; elle assura que « cette idée lui étoit surtout venue dans le dessein de récompenser « mon mérite, et parce qu'elle souhaitoit de me voir porter sur la « poitrine un signe public de son amitié et de son estime. Je ne sais

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