CHAPITRE VIL
Gil Bios rencontre encore Fabrice par hasard. De la der^ niere conversation quils eurent ensemble j et de Vavis important qu& Nunez donna a Santillane,
Vocation déterminée pour les lettres . — Signes précurseurs d'un orage politique.
Le poëte des Asturies, comme on a dû le remarquer, me négligeoit assez volontiers. De mon côté, mes occupations ne me permettoient guère de Palier voir; de sorte que je ne lavois point revu depuis le jour de la dissertation sur Ylphigénie d'Euripide. Le hasard me le fit encore rencontrer près de la porte du Soleil. Il sortoit d'une imprimerie. Je l'abordai en lui disant : Oh! oh! monsieur Nunez, vous venez de chez un imprimeur : cela semble menacer le public d'un nouvel ouvrage de votre composition.
« quel démon insensé lui inspira le choix d'un médaillon bien ridicule « pour figurer cet ordre. Elle le baptisa V ordre du hareng bleu. Je fus
■ le premier qui en porta la décoration. Mon épouse me dit en plaint sautant : Je ne puis concèyoir quelle analogie il y a entre un hareng « et le mérite d'un président du département des finances , pu com- « ment un poisson marin peut être le type qui représente ce mérite.
« Cependant l'étoile et le cordon chatouillèrent beaucoup mon « amour-propre. Je m'en parois arec fierté. Rejerberg ne put s'empé- . « cher de rire aux éclats la première fois qu'il me yit chargé de ces
■ ridicules ornements. »
( Le Gil Blas allemand, ou Aventures de Pierre Claus, Paris, 1789, première partie , chapitre iv. )
C'est à quoi il doit en effet s'attendre , me répondit-il ; je te dirai que je me suis avisé de composer une brochure qui est sous la presse actuellement, et qui doit faire grand bruit dans la république des lettres. Je ne doute pas du mérite de ta production, lui répliquai-je ; mais je m'étonne que tu t'amuses à composer des brochures : il me semble que ce sont des colifichets qui ne font pas grand honneur à l'esprit. Il y en a quelquefois de bonnes , repartit Fabrice. La mienne , par exemple , est de ce nombre , quoiqu'elle ait été faite à la hâte ; car je t'avouerai que c'est un enfant de la nécessité. La faim, comme tu sais, fait sortir le loup hors du bois.
Comment! m'écriai -je, la faim! Est-ce l'auteur du Comte de Saldagne qui me tient ce discours? Un homme qui a deux mille écus de rente peut - il parler ainsi ? Doucement , mon ami , interroinpit Nunez , je ne suis plus ce poète fortuné qui jouissoit d'une pension bien payée. Le désordre s'est mis subitement dans les affaires du trésorier don Bertrand : il a manié», dissipé les deniers du roi; tous ses biens sont saisis, et ma pension est allée à tous les diables. Cela est triste , lui dis-je ; mais ne te reste-t-il pas encore quelque espérance de ce c6té-là? Pas la moindre, me répondit-il; le seigneur Gomez del Ribero , aussi gueux que son bel esprit, est abîmé : il ne reviendra, dit-on, jamais sur l'eau.
Sur ce pied -là, lui répliquai-je, mon ami, il faut que je te .fasse donner quelque poste qui te console de la perte de ta pension. Je te dispense de ce soin-là; me dit-il ; quand tu m'offrirois dans les bureaux du minis-