‹ Œuvres de Le SageChapitre 304 sur 321 · LIVRE XIÏ,.CHAP. XL · texte numérisé non relu

LIVRE XIÏ,.CHAP. XL

ipaitre d'école à Ck>rinthe. Mon maître sourit dé ma réponse j et ne me sut pas mauvais gré de la comparaison. Nous étions tous ravis au château de voir le patron, supérieur à sa disgrâce , trouver des charmes dans une vie si difféi^ente de celle qu'il avôit toujours menée , lorsque nous nous aperçûmes avec douleur qu'il chengeoit à vue d'œil. Il devint sombre, rêveur, et tomba dans une mélancolie profonde. Il cessa de jouer avec nous, et ne parut plus sensible à tout ce que nous pouvions inventer pour le divertir. Il s'enfermoit après son . dîner dans son cabinet, où il demeuroit tout seul jusqu'au soir. Nous nous imaginions que sa tristesse étoit causée par des retours de sa grandeur passée; et, dans' cette opinion, nous lâchions après lui le père dominicain, dont pourtant l'éloquence ne pouvoit triompher de la mélancolie de monseigneur , laquelle, au lieu de diminuer, sembloit aller en augmentant, ' Il me vint dans l'esprit que la tristesse de ce ministre pouvoit avoir une cause particulière qu'il ne vouloit pas dire; ce qui me fit former le dessein de lui arracher son secret. Pour y parvenir, j'épiai le moment de lui parler sans témoin; et, l'ayant trouvé : Monseigneur, lui disje d'un air mêlé de respect et d'affection , est-il permis à Gil Blas d'oser faire une question à son maître? Tu peux parler, me répondit-il; je te le permets. Qu'est devenu, repris-je, cet air content qui paroissoit sur le visage de votre excellence ? N'auriez-vous plus l'ascendant que vous aviez pris sur la fortune ? Votre faveur perdue exciteroit-elle en vous de nouveaux regrets ? Seriez-vous replongé dans cet abîme d'ennuis d'où votre vertu vous avoit tiré ? Non , grâces au ciel, repartit le

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ministre , ma mémoire n'est plus occupée du perscmnage que j'ai fait à la covr , et j ai pour jamais oublié If s hontieuvs qu'on m'y a rendus. Eh! pourcpw>i doac , lui répliquai-je , si vaus. avez la force de u en plus rappeler le so^veni^, ave?-yous la foiblesse de vous abanT donner k une mélancolie qui noius alarme tous ? Qu'*avez-vous, moucher maître? poursuivis-je en'me jetant à ses genoux ; vous ave:; sans doute un secret chagrin qui vous dévore : pouyez-vous en faire un mystère à Santillane , dont vous connoissez la discrétion, le zèle et la fidélité ? Par quel malheur ai-je perdu votre confiance?

Tu la possèdes toujours, me dit monseigneur; mais je t'avouerai que j'î^i de la répuguanee à te révéler ce qui fait le sujet de la tristesse où tu me vois enseveli ; cependant je ne puis tenir contre les instances d'un serviteur et d'un ami tel que toi. Apprends don/c ce qui fait 10(3^ peine ; ce n'est qu'au s^ul S^intilUne que je puis me résoudre à faire une pareille confidence. Oui, continuî^-t-il , je suis la proie d'une noire mékncoKe qui consume peu à peu mes jours : je vois prévue à tout momei^t un spectre qui se présente d^i^ant moi sous une fprme effroyable. J'ai beau me dire à mai-.meme que ce n'est qu'iii^e illusion. , qu'un la^tôme qui n'a riea de réel , ses apparitjioj^s continuelles ine blessent la vue et m'inquiètent. Si j'ai la tête a^sez forte pour être persuadé qu'ei\ vo.yant ce spectre je ne vois rien , je suis assez foible pour m'affliger ^e cette vision. Voilà ce que tu m'as fprçé de te dire, ajiOUtgi-.t-iJ; juge à présent si j'^i tort 4« vouloir cacher à to^t le moude la cause de ma mélancolie.

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