‹ Œuvres de Le SageChapitre 305 sur 321 · LIVRE XII, CHAP. XI. SSp · texte numérisé non relu

LIVRE XII, CHAP. XI. SSp

J'appris avec autant de douleur que d'étonnement une chose si extraordinaire, et qui Stupposoit un déraogeinenlJ ^ns ^ machine. MonSteigneurv, dis-je au ministre, cela ne vienydroit>-iI point du peu de nourriture que vo\is prenez? car votre sp^f iété est exce^ssive. C'est ce que j'ai pensé d'abord, répondit-il;, et, ppuç éprouver si ç'étoit à la diète q^e je m'en devpis preiidire, je mange depuis quelques jours plus qu^à^ l'o^*c|waire; et tout cela est inutile, le fantôme ne cjisparoît point II disparoîtra, repris-je pour le consoler; et si votre excellence vouloit un peu se dissiper en jouant encore avec ses fidèles serviteurs, je crois qu'elle ne tarderoft guère à se voir délivrée de ses noires vapeurs.

Peu de temps après cet entretien, monseigneur tomba malade; et, sentant que Tafïaire deviendroit sérieuse, il envoya chercher deux notaires à Madrid, pour leur faire faire son testgonent. Il fit venir aussi trois fameux médecins qui i^ voient la réputation de guérir quelquefois leurs malades. Aussitôt que le bruit de l'arrivée de ces derniers se répandit dans le château, on n'y entendit que des plaintes et des gémissements; on y regarda la mort du maître comme prochaine, tant on y étoit prévenu contre ces messieurs! Ils avoient amené avec eux un apothicaire et un chirurgien , ordinaires exécuteurs de leurs ordonnances. Ils laissèrent d'abord les notaires faire leur métier , après quoi ils se disposèrent à faire le leur. Comme ils étoient dans les principes du docteur Sangrado, dès la première con^i4tiition, ils ordonnèrent sajigné^^ sur soignées, en sorte qu'au bout de six jours ils rédtiisirent \e comteduc à l'extrémité, et le septième ils le délivrèrent de sa vision.

Après la mort de ce ministre, il régna dans le château de Loeches ' une vive et sincère douleur/ Tous ses domestiques le pleurèrent amèrement. Bien loin de se consoler de sa perte par la certitude d'être compris dans son testament, il n'y en avoit pas un qui n'eût volontiers renoncé à son' legs pour le rappeler à la vie. Pour moi, qu'il avoit le plus chéri, et qui m'étois attaché à lui par pure inclination pour sa personne, j'en fus encore plus touché que les autres. Je doute qu*Antonia m'ait coûté plus de larmes que le comte-duc.

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