‹ Œuvres de Le SageChapitre 307 sur 321 · LIVRE XII, CHAP. XII. 54ï · texte numérisé non relu

LIVRE XII, CHAP. XII. 54ï

singulière qu'il avoit eue pour moi. Il n'oublia pas les hôpitaux, et fonda des services annuels dans plusieurs couvents.

Madame d'Olivarès renvoya tous les domestiques à Madrid toucher leurs legs chez l'intendant don Rai*^ mond Caporis, qui avoit ordre de les leur délivrer; mais je ne pus partir avec eux : une grosse fièvre, fruit de- mon affliction, me retint au château sept à huit jours. Pendant ce temps-là le père de Saint-Dominique ne m'abandonna point. Ce bon religieux m'avoit pris en amitié; et, s'intéressant à mon. salut, il m^ demanda, quand il me vit convalescent, ce que je vouloïs devenir. Je n'en sais rien, lui répondis-je, mon révérend père, je ne suis point encore d'accord avec moi-même làdessus : il y a des moments où je suis tenté de m'enfermer dans une cellule pour y faire pénitence.. Moments précieux? s'écria le dominicain; seigneur de Santillane, vous feriez bien d'en profiter. Je vous conseille en ami, sans que vous cessiez pour cela d'être séculier, de vous retirer dans notre couvent de Madrid, par exemple; de vous en rendre bienfaiteur par une donation de tous vos biens, et d'y mourir sous l'habit de Saint-Dominique. Il y a bien des personnes qui expient une vie mondaine par une pareille fin.

Dans la disposition où étoit mon esprit, le conseil du religieux ne me révolta point, et je répondis à sa révérence que je ferois sur cela mes réflexions. Mais ayant consulté là-dessus Scipion, que je vis un moment après le moine , il s'éleva contre cette pensée, qui lui parut une idée de malade. Fi donc ! seigneur de Santillane, me dit-il, une semblable retraite peut -elle

54a GIL BLAS.

voiô flatter? Votre château de Lirias né vous en offret-H pas une phis agréable? Si Vous en étiez autrefois charmé, vous en goûterez encore mieux les douceurs présentement, que vous êtes dans an âge plus propre à roxxs laisser toucher des belautés de Ta nature.

Lte fils dé la Coscôlitia û*eut pas de péiiié à me faire changer de séntitnrent. Mon ami, hii dis-jé, tu remportes slir le père de Saint-Domirtique. Je vois bien i?n effet que je fèraî mieUx de retourner à mon châtèati; je m*arrête à ce parti. Nous Regagnerons Liriâs âùssitôtjgtie je serai eh état d^é'n répi-endre Ife chemin ; •ce qui arriva bientôt; car n'ayant plus dé fièvre, je me «ehtis en peli de temps assez fort pour ekëcùtér cette i-ésoltitioh. Nous ttoas rendîmes à Madrid-, Scipioh et moi. La vue de cette ville tte me fit plus âutaht de plai- "sir qu'éltè ttî'en avoitfait àtipa'ravatft. Cônlme je sa vois •que presque tous Ses habitants avôifent en horreur là mémoire d'un mimstre dont jfé cotisevvois le plus tendre souvenir, je nte poli vois ht regarder de bon oeil : aussi je n'y demeurai 'q\ie cinq OU six jours, que JScîpioh employa aux préparatifs die notre départ pour Liriâs. Pendant 'qu'il songeôît ànôtf^ô équipage , j'allai trouver Caports, qui ttie dc^mia mon legs eYi doublons. ïé vis aussi les receveurs des cbmmanderiés sur îesqueltés j'avois des pensions; je pHs de^ arrangements avec eux pour le payement : en un mot, je mis ordre è toutes mes affaires.

La veille d'e liotre départ , je deii^aildâi â'u Bîs dé ïà Costeolina s'il avoit pris cfôWgé dfe don Henri. Oui, înè répoiidit-ii, nous nous s'otnmes séparés ce matin tous deux à l^amiablc ; il tn*â p;oartant témoigné qu*il cloit

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