LiVRE XII, CHAP. XIV. 55l
îl en me les rendant ; Dorothée est à vous. Et vous , m'écriai-je, comptez sur Sér^phine.
Ces deux mariages furent donc ainsi résolus enti^ nous. Il ne fut plus question que dé savoir si les futures y consentiroient de bonne grâce ; car don Juan et moi , également délicats, nous ne prétendions point les obtenir malgré elles. Ce gentilhomme retourna au château de Jutella pour me proposer à sa sœur; et moi j'assemblai Scipion, Béatrix et ma filleule, pour leur faire part de Tentretien que je venois d'avoir avec ce cavalier. Béatrix fut d'avis qu'on l'acceptât pour époux san^ hésiter; et Séraphine fit connoître, par son silence, qu'elle étoit du sentiment de sa mère. Pour le père, il ne fut pas, à la vérité, d'une autre opinion; mais il témoigna qi^elque inquiétude sur la dot qu'il faudroit, disoit-il, donner à un gentilhomme dont le château avoit un si pressant besoin de réparations. Je fermai la bouche à Scipion , en lui disant que cela me regard oit, et que je faisois présent à ma filleule de quatre mille pistoles pour payer sa dot.
Je revis don Juan dès le soir même. Vos aflTaires, lui dis-je, vont à merveilles; je souhaite que les miennes ne soient pas dans un plus mauvais état. Elles vont aussi le mieur du monde, me répondit-il; je n'a^ pas été à la peine d'employer l'autorité pour avoir le consentement de Dorothée : votre personne lui revient, et vos manières lui plaisent. Vous appréhendiez de n'être pas de son goût, et elle craint, avec plus déraison, que n'ayant à vous offrir que son cœur et sa main.... Que TOudroi&-je de plus? interrompis-je tout transporté de joie. Puisque k charmante Dorothée n'a point de répu-
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gnance à lier son sort au mien, c'est tout ce que je demande : je suis assez riche pour l'épouser sans dot, et sa seute possession comblera tous mes vœux.
Don Juan et moi, fort satisfaits d'avoir heureusement amené les choses jusque-là, nous résolûmes, pour hâter nos noces, d'en supprimer les cérémonies superflues. J'abouchai ce gentilhomme avec les parents de Seraphine; et après qu'ils furent convenus des conditions du mariage, il prit congé de nous, en nous promettant de revenir le lendemain avec Dorothée. L'envie que j'avois de paroître agréable à cette dame , me fit employer trois bonnes heures pour le moins à m'ajuster, à m'adoniser; encore ne pus-je parvenir à me rendre content de ma personne. Pour un adolescent qui se prépare à voir sa maîtresse , ce n'est qu'un plaisir; mais pour un homme qui commence à vieillir , c est une occupation. Cependant je fus plus heureux que je ne le méritois ; je revis la sœur dé don Juan, et j'en fus regardé d'un œil si favorable, que je m'imaginai valoir encore quelque chose. J'eus avec elle un long entretien. Je fus charmé du caractère de son esprit, et je jugeai qu'avec de bonnes façons et beaucoup de complaisance , je deviendrois un époux chéri. Plein d'une si douce espérance , j'envoyai chercher deux notaires à Valence, qui firent le contrat de mariage; puis nous eûmes recours au curé de Patema, qui vint à Lirias, et nous maria, don Juan et moi^ à nos maîtresses.
Je fis donc allumer pour la seconde fois le flambeau de rhyménée, et je n'eus pas sujet de m'en repentir. Dorothée, en femme vertueuse, se fit un plaisir de son devoir; et sensible au soin que je prenois d'aller au-»