LIVRE VIII, CHAP. L l
mettre un frein à votre folle ardeur. Apprenez que vous êtes mon fils.
Don Valerio fut étourdi de ces paroles; il suspendit sa violence. Mais , s'imaginant qu'Inésile ne parloit ainsi que pour se soustraire à ses sollicitations, il lui ré- {)ondit : Vous inventez cette fable pour vous dérober à mes désirs. Non, non, interrompit-elle, je vous révèle un mystère que je vous aurois toujours caché , si vous ne m'eussiez pas réduite à la nécessité de vous le découvrir. Il y a vingt-six ans que j'aimois don Pèdre de Luna votre père, qui étoit alors gouverneur de Ségovie; vous devîntes le fruit de nos amours : il vous reconnut, vous fit élever avec soi»; et, outre qu'il n'avoit point d'autre enfant, vos bonnes qualités le déterminèrent à vous. laisser du bien. De mon coté, je ne vous ai pas abandonné ; sitôt que je vous ai vu entrer dans le monde, je vous ai attiré chez moi, pour vous inspirer ces manières polies qui sont si nécessaires à un galant homme, et que les femmes seules peuvent donner aux jeunes cavaliers. J'ai plus fait : j'ai employé tout mon crédit pour vous mettre chez le premier ministre. Enfin, je me suis intéressée pour vous comme je le devois pour un fils. Après cet aveu, prenez votre parti. Si vous pouvez épurer vos sentiments, et ne regarder en moi qu'une mère, je ne vous bannis point de ma présence, et j'aurai pour vous toute la tendresse que j'ai eue jusqu'ici. Mais si vous n'êtes pas capable de cet effort que la nature et la raison exigent de vous , fuyez dès ce moment, et me délivrez de l'horreur de vous voir.
Inésile parla de cette sorte. Pendant ce temps-là don
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Valerio gardoit un morne silence : on eût dit qu'il rappeloit sa vertu, et qu'il aUoit se vaincre lui-même. C'est à quoi il ne pensoit nullement. Il méditoit un autre dessein, et préparoit à sa mère un spectacle bien différent. Né^pouvant se consoler de l'obstacle qui s'opposoit à son bonheur, il céda lâchement à son désespoir. Il tira son épée et se l'enfonça dans le sein. Il se punit comme un autre OEdipe, avec cette différence que le Thébain s'aveugla de regret d'avoir consommé le crime, et qu'au contraire le Castillan se perça de douleur de ne le pouvoir commettre.
Le malheureux don Valerio ne mourut pas sur-lechamp du coup (||i'il s'étoit porté. Il eut le temps de se reconnoitre, et de demander pardon au ciel de s'être lili-même ôté la vie. Comme il laissa par sa mort un poste de secrétaire vacant chez le duc de Lerme , ce ministre, qui n'a voit pas oublié ma relation d'incendie, non p\m que l'éloge qu'on lui avoit fait de moi, me choisit pour remplacer ce jeune homme.