‹ Œuvres de Le SageChapitre 77 sur 321 · LIVRE VIII, CHAP. II. l4i · texte numérisé non relu

LIVRE VIII, CHAP. II. l4i

surpris. Tout prévenu que j'étois en ta faveur , reprit-il, je t'avoue que tu as surpassé mon attente. Tu n'écris pas seulement avec toute la netteté et la précision que je désirois, je trouve encore ton stjle léger et enjoué. Tu justifies bien le choix que j'ai fait de ta plume, et tu me consoles de la perte de ton prédécesseur. Le ministre n'auroit pas borné là mon éloge, si le comte de Lemos , son neveu , ne fût venu l'interrompre en cet endroit. Son excellence l'embrassa plusieurs fois, et le reçut d'une manière qui me fit connoître qu'elle Paimoit tendrement. Ils s'enfermèrent tous deux pour s'entretenir en secret d'une affaire de famille , dont je parlerai dans la suite, et dont le duc étoit alors plus occupé que de celles du roi.

Pendant qu'ils étoient ensemble, j'entendis sonner midi. Comme je savois que les secrétaires et les commis quittoient à cette heure -là leurs bureaux pour aller diner où il leur plaisoit , je laissai là nfon chef-d'œuvre, et sortis pour me rendre non chez Monteser, parce qu'il m'a voit payé mes appointements et que j 'a vois pris congé de lui, mais chez le plus fameux traiteur du quartier de la cour. Une auberge ordinaire ne me convenoit plus. Songe que tu es présentement au roi : ces paroles que le duc m'avoit dites s'offroient sans cesse à ma mémoire, et de venoient des semences d'ambition qui germoient d'instant en instant dans mon esprit.

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