LIVRE VIII, GHAP. VIII
le transport d'un mari jaioux. Il est vrai que mon père y étoit connu pour un homme violent, et fort sujet à prendre trop facilement ombrage. Hordalès jugea bien ^e sa parente le soupçonnoit d^avoir troublé par des fables l'esprit de don Ahastasio; et, satisfait de s'être An moins à demi vengé d'elle, il cessa de la voir. De peur d'ennuyer votre seigneurie, je ne m'étendrai point sm- l'éducation qu'on 'm'a donnée. Je dirai seulement que ma mère s'est principalement attachée à me faire apprendre l'escrime, et que j'ai long-temps fait des arines dans les plus célèbres salles de Grenade et de Séville. Elle attendoit avec inipafience que je fusse en âge de mesurer imon épée à celle de don Huberto, pour m'ihstruire du sujet qu'elle avoit de se plaindre de lui; et, me voyant enfin dans ma dix-huitième année, elle m'en fit confidence, non sans répandre des pleurs abondamment, ni paroître saisie d'une Vive douleur. Quelle impression ne fait jpas une mère en cet état sur un fils qui a du courage et du sentiment? J'allai sur-le-champ trouver Hordalès; je l'attirai dans un endroit écarté, où, 'après un assez long combat, je le perçai de trois cotlps d'épée*, et le jetai sur le carreau.
Don Huberto, se sentant mortellement blessé, attacha siir*moi ses derniers regards, et me dit qtt*il rece- •^oît la mort que je lui donnois, comme une juste puftkidn dû crime qtf il avoit commis contre Phonnèur dé ma mèté. Il confessa que c^étoit pou!' ^e venget de ses rigueurs qu'il s'étoit résolu à la perdre. Puis il ejçpira en démanchant pardon de sa faute.au ciel, à don Anastasîo, à Ëstéphanie «t à moi. Je ne jugeai point à propos de retourner au logis pour infortner ma mère de
cet événement; j'en laissai le soin à la renommée! Je passai les montagnes, et me rendis à la ville de Malaga, oïl je m'embarquai avec un armateur qui sortoit
.du port pour aller en course. Je lui parus ne pas manquer de cœur; il consentit volontiers que je me joignisse aux enfants de bonne volonté qu'il avoit sur son bord.
Nous ne tardâmes guère à trouver une occasion de nous signaler. Nous rencontrâmes aux environs de l'île d'Albouran ', un corsaire de Melilla ^ qui retoumoit vers les côtes d'Afrique avec un bâtiment espagnol qu'il avoit pris à la hauteur- de Carthagène ^, et qui étoit richement chargé. Nous attaquâmes vivement l'Africain, et nous nous rendîmes çiaîtres de ces deux vaiss^ux, oïl il y avoit quatre-vingts chrétiens qu'il em-r menoit esclaves en Barbarie. Alors, profitant d'un veot qui s'éleva, et qui nous étoit favorable pour gagner la cote de Grenade, nous arrivâmes en peu de temps à Punta de Helena.
Comme nous demandions aux esclaves «que nouf avions délivrés de quel endroit ils étoient, je fis cette questicm à un homme de très bonne ?Diae^ et qui.pouvoit bien avoir cinquante ans. Il me répondit en soupirant qu'il étoit d' Antequerre. Je me. sentis éipu de $9 réponse sans savoir pourquoi; et mçn émotipn, dpn.t il 3'aperçut, excita en lui un trouble que je remarqiiai. Je suis, lui dis-je votre concitoyen. Peut-on vous demanr », , ' j 1 '.'■••'■ ■
' Petite île dans la Méditerranée , sor les côtes du royaume de Fez. ■*" Melilla , petite ville du même royaume.
3 Carthagène, ou la nouvelle Carfhage, ville da royaismc de Murcie , sur les côtes de la Méditerranée.' ' < .