BÉATRIX, CRISPIN
BÉAT R IX riant.
Voilà un maroufle bien brutal ! Traiter de la forte un bon enfant comme toi !
CRISPIN
Mais, Béatrix, je fuis en peine de favoir une chofe. Quand il m'a frappé, avoit-il la main ouverte ou fermée ?
Hé! pourquoi voudrois-tu favoir cela?
CRISPIN
Pourquoi, morbleu ! Si c'eft un foufflet, c'ell un affront fait à mon honneur.
BÉATRIX
Et fi c'eft un coup de poing, ce n'eft donc rien ?
CRISPIN
Non. Un coup de poing, un coup de pied au cul, fe donnent fans conféquence ; mais un foufflet !
BÉATRIX
Diantre, un foufflet! On n'y fauroit donner une bonne explication, n'eft-ce pas ?
CRISPIN
Dis-moi donc, Béatrix, fi c'eft un foufflet que j'ai reçu.
BÉATRIX
Tu dois mieux le favoir que moi.
CRISPIN
J'étois diftrait dans le moment.
BÉATRIX
Moi, j'étois fort attentive, & je puis t'affurer que c'eft un foufflet avec toutes fes circonftances.
48 LE point-d'honneur
CKISPIN.
Cela étant, je fuis bien aife de m'être poffédé dans l'aélion ; la vengeance en fera plus éclatante.
BÉATRIX
Je n'en doute nullement.
CRISPIN
Peu s'en eft fallu que je n'aie cédé au premier mouvement , & violé, nos règles ; car je fuis trop chaud & trop bouillant.
BÉATRIX
Il y a paru.
CRISPIN
S'il eût réitéré , il y auroit eu du fang répandu.
BÉATRIX
Oui, car il t'auroit caffé le nez.
CRISPIN
Je vais, de ce pas, chercher mon maître, & le confulter. Cette affaire-là aura de grandes fuites.
BÉATRIX
Tu m'as l'air de la mener loin.
CRISPIN
Je ne voudrois pas être dans la peau de mon ennemi. [Il fort.)