SCÈNE XII
ESTELLE, JACINTE, CLARIN.
CLARIN à lui-même.
Où diable ell donc mon maître.'' Je ne le vois point à cette promenade.
ESTELLE a Jacinte, en regardant Clarin.
Les traits de cet homme-là ne me font pas inconnus.
CLARIN a lui-même. Voici une dame qui me lorgne. Mon air la frappe, à ce qui me femble.
-*l'* -fc JACINTE las, a Eflelle.
Comme il vous confidère, madame ! on diroit qu'il vous connoît.
ESTELLE
Eh! c'ell Clarin. C'eft le valet de don Luis.
CLARIN a lui-même , ô" vo^dant fuir.
Ventrebleu ! c'eft Ellelle d'Alvarade. La maudite rencontre !
ESTELLE
C'eft toi, Clarin ? approche, mon enfant ; eftce que tu ne me remets pas ?
CLARIN bas.
Que trop. {Haut, a EJÏelle.) Pardonnez-moi.
Don Luis eft donc à Madrid ? Quelle joie ! Pourquoi ne l'ai-je pas encore vu?
CLARIN d'un air emharraffê.
Madame... {A part.) Que lui dirai-je.''
ESTELLE
Parle, Clarin, réponds-moi. Satisfais ma curiofité.
Q-L^-Rl^ pleurant , a EJîelle.
Don Luis n'eft point à 'Madrid, madame... hui, hui, hui, hui, hui !
Tu pleures , mon ami ! Quel malheur m'annoncent tes larmes ?
CLARIN redoublant fes pleurs.
Ilin, hin, hin, hin, hin !
Explique-toi donc. Tu jettes dans mon cœur un effroi mortel.
CLARIN.
Il ne faut plus fonger au feigneur don Luis.
ESTELLE
Que dis-tu? Oue lui feroit-il arrivé?
CLARIN.
Hélas !
JACINTE a Clarin.
Seroit-il mort ?
CLARIN a Jacinte.
Pis que cela ; il efl...
ESTELLE
Achève.
CLARIN a EJlelle.
Marié.
ESTELLE
Julie ciel !
56 LE point-d'honnetir
JACINTE
Marié !
CLARIN.
Oui, il s'ell marié à Bruxelles. Il a époufé la veuve d'un officier flamand.
ESTELLE
Le perfide !
JACINTE
Le traître !
ESTELLE
Il a pu trahir fes fer mens ?
{Elle tombe dans une profonde rêverie.)
CLARIN.
C'eft ce que je lui reprochai la veille de fes noces : « Seigneur don Luis, lui dis-je, la larme « à l'œil, fongez-vous bien à ce que vous allez « faire ? Voulez-vous caufer la mort à madame « Eftelle , à qui vous avez donné votre foi , « & qui vous aime fi tendrement ? »
JACINTE
Et que répondit-il à cela ?
CLARIN.
Ce qu'il répondit ? ( Grofiffant la voix. ) « Monfieur Clarin, mêlez-vous de vos affaires. « Eftelle vous a-t-elle payé pour entrer fi chau- « dément dans fes intérêts ? »
JACINTE
Le petit fcélérat !
CLARIN.
Le lendemain de fon mariage, je lui dis d'un air fier & méprifant : « Fi , feigneur ! cela efl « indigne. Je vous demande mon congé. Je ne « veux plus fervir un homme fans honneur, «c fans probité. » Là-defTus je le quitte. Je fors de Bruxelles & je reviens à Madrid, le cœur gonflé de foupirs, en maudifTant la veuve de l'officier flamand.
ESTELLE
Clarin, c'eft alTez.
CLARIN bas, a part.
Si cela pouvoit la détacher de mon maître ! {Haut.) Adieu, madame.
ESTELLE /om/tant dans fa poche.
Attends, mon enfant. Il n'efl: pas jufte que la douleur me fafîe oublier ce que je te dois pour avoir pris mon parti.
CLARIN.
Vos manières me pénètrent. Je fens renouveller toute l'afflidion que j'avois à Bruxelles.
ESTELLE
Je fuis caufe que tu as quitté l'infidèle don Luis. Tiens, voilà pour te dédommager de ce
que je t'ai fait perdre. {Elle lui donne de l'argent.)
CLARIN recommençant à pleurer.
Ah ! ah ! ah ! je ne puis digérer la trahifon de don Luis. Je vais chercher quelque retraite pour y pleurer, tant que cela durera.