SCENE XVI L CLARIN, CRISPIN
CRISPIN appercevant Clarin.
Alii, ahi, ahi !
CLARIN lui mettant la main fur V épaule. Qui doit mourir ?
CRISPIN a part.
Ouf ! je ne le croyois pas fi près de moi.
CLARIN.
Je vous trouve l'épée à la main !
CRISPIN
Je viens de bourrer vm certain quidam qui m'avoit in fuite.
Je fuis ravi. J'aime les braves gens, & je fuis prêt à vous faire raifon du foufîîet que j'ai pris la liberté de vous appliquer fur...
CRISPIN
Il s'eft battu avec beaucoup de valeur. Il faut rendre juflice à fes ennemis.
CLARIN.
Cela efl généreux. Hâtons-nousje vous prie, tandis que nous fommes feuls.
CRISPIN
Je fuis encore tout effoufflé de mon dernier combat ; laiffez-moi refpirer.
CLARIN.
Dépêchons-nous donc.
CRISPIN
Quoi ?
{Déclamant.) « Sortir d'une bataille, & combattre à l'inftant ! » Me prenez-vous pour un cid ?
CLARIN.
Non , ma foi , non. Je vois bien que vous n'êtes rien moins qu'un cid. Le ciel vous a donné bien peu de courage.
CRISPIN
Vous devez l'en remercier.
CLARIN lui donnant des foiiffîets.
Vous méritez d'être fouffleté.
CRISPIN
D'accord.
CLARIN lui donnant des nafardes.
Nafardé.
CRISPIN
Soit.
CLARIN liù donnant des croquignoles.
Croquignolé.
CRISPIN
Tout ce qu'il vous plaira.
CLARIN.
Puifque vous ne voulez pas vous battre, vous
trouverez bon que je vous donne des coups de bâton. Vous favez que c'efl la règle.
CRISPIN
Oui. Vous avez donc lu cela dans notre livre ?
CLARIN.
Mot pour mot.
CRISPIN
II en faut pafler par-là, car je fuis rigide obfervateur de nos règles... [Tendant le dos a Clarin.) Allons, monfieur, fuivez-les.
CLARIN après lui avoir donné des coups de bâlon.
C'efl ainfi que je les donne.
CRISPIN
C'efl ainfi que je les reçois.
CLARIN.
Je vous ferai tâter de mon épée, fi vous n'êtes pas content de cela.
CRISPIN
Oh ! je ne fuis pas difficile à contenter.
CLARIN s'en allant.
Adieu, frère.
CRISPIN le faluant profondément.
Monfieur, je fuis votre ferviteur très humble.
SCHXE XVIII.
CRISPIN/^///
Il croyoit que je lâcherois pied devant lui. Il a été bien attrapé. Je lui ai tenu tête jufqu'au bout. Il eft vrai que j'ai été battu; mais les armes font journalières ; &, au refte, voilà mon affaire vidée.