ANGÉLIQUE, M. ORONTE, M"- ORONTE, LISETTE
M'"^ ORONTE à /on mari.
Vous venez fort à propos, monfieur; j'ai à vous dire que je ne fuis plus dans le deffein de marier ma fille à Damis.
M. ORONTE a fa femme.
Ah, ah ! peut-on favoir, madame, pourquoi vous avez changé de réfolution ?
M'^'= ORONTE
C'eft qu'il fe préfente un meilleur parti pour Angélique, Valère la demande : il n'eft pas, à la vérité, fi riche que Damis ; mais il efl; gentil-
CRISPIN
homme ; & en faveur de fa nobleffe, nous devons lui paffer fon peu de bien.
LISETTE bas a madame Oronte.
Bon.
M. ORONTE
J'eflime Valère ; & fans faire attention à fon peu de bien, je lui donnerois très-volontiers ma fille, fi je le pouvois avec honneur; mais cela ne fe peut pas, madame.
M'"= ORONTE
D'où vient, monfieur?
M. ORONTE
D'où vient ? Voulez-vous que nous manquions de parole à monfieur Orgon, notre ancien ami? Avez-vous quelque fujet de vous plaindre de lui?
M™« ORONTE
Non. I
LISETTE bas, a madame Oronte.
Courage ; ne molliffez point.
M. ORONTE
Pourquoi donc lui faire un pareil affront ? Songez que le contra<5l eft figné, que tous les préparatifs font faits, & que nous n'attendons que Damis. La chofe n'eft-elle pas trop avancée, pour s'en dédire ?
M™^ ORONTE
Effe<5livement, je n'avois pas fait toutes ces réflexions.
LISETTE bas, a elle-vicme.
Adieu, la girouette va tourner,
M. ORONTE
Vous êtes trop raifonnable, madame, pour vouloir vous oppofer à ce mariage.
M™' ORONTE
Oh ! je ne m'y oppofe pas.
LISETTE bas, a elle-même.
Mort de ma vie ! eft-ce là une femme ? elle ne contredit point.
M'"' ORONTE
\'ous le vo)'ez, Lifette; j'ai fait ce que j'ai pu pour Valère.
LISETTE bas, a madame Oronte. Oui, vraiment, voilà un amant bien protégé !