SCÈNE VIL
ANGÉLIQUE, M. ORONTE, LABRAN- CHe7m"- ORONTE, LISETTE.
M. ORONTE
J'aperçois le valet de Damis.
122 CRISPIN
LABRANCHE
Très-humble ferviteur à monfieur & à madame Oronte ; ferviteur très-humble à mademoifelle Angélique ; bon jour, Lifette.
M. ORONTE
Hé bien, Labranche, quelle nouvelle?
LABRANCHE à monfieiw Oronte.
Monfieur Damis, votre gendre & mon maître, vient d'arriver de Chartres : il marche fur mes pas, j'ai pris les devants pour vous en avertir.
ANGÉLIQUE bas, a elle-même.
O ciel !
M. ORONTE
Je l'attendois avec impatience. Mais pourquoi n'eft-il pas venu tout droit chez moi ? Dans les termes où nous en fommes, doit-il faire ces façons-là ?
LABRANCHE
Oh ! monfieur, il fait trop bien vivre, pour en ufer fi familièrement avec vous : c'eft le garçon de France qui a les meilleures manières ; quoique je fois fon valet, je n'en puis dire que du bien.
M'"'= ORONTE a Labranche.
Eft-il poli, ell-il fage?
LABRANCHE à madame Oronte.
S'il eft fage, madame.'' il a été élevé avec la
plus brillante jeunefle de Paris : tudieu ! c'efl une tête bien fenfée.
M. ORONTE
Et monfieur Orgon n'eft-il pas avec lui ?
LABRANCHE à ?nonJieur Oronte.
Non, monfieur : de vives atteintes de goutte l'ont empêché de fe mettre en chemin.
M. ORONTE
Le pauvre bon-homme !
LABRANCHE
Cela l'a pris fubitement la veille de notre départ. Voici une lettre qu'il vous écrit. (// donne une lettre a monfieur Oronte.)
M. ORONTE lit le deffiis de la lettre. « A monfieur, monfieur Craquet, médecin, « dans la rue du Sépulcre. »
LABRANCHE reprenant la lettre.
Ce n'efl point cela, monfieur.
M. ORONTE riant.
Voilà un médecin qui loge dans le quartier de fes malades.
LABRANCHE tire plufietirs lettres o' en lit les
adreffes.
J'ai plufieurs lettres que je me fuis chargé de
rendre à leurs adreffes. Voyons celle-ci. [Il lit.)
« A monfieur Bredouillet, avocat au parlement,
124 CRISPIN
« rue des Mauvaifes-Paroles. » Ce n'eft point encore cela, paffons à l'autre. (// lit.) « A mon- « fieur Gourmandin, chanoine de... » Ouais, je ne trouverai point celle que je cherche. {Il Ht.) « A raonfieur Oronte. » Ah ! voici la lettre de monfieur Orgon... (// la donne.) Il l'a écrite d'une main fi tremblante, que vous n'en réconnoîtrez pas l'écriture.
M. ORONTE
En effet, elle n'eft pas reconnoiflable.
LABRANCHE
La goutte eft un terrible mal. Le ciel vous en veuille préferver, auffi bien que madame Oronte, mademoifelle Angélique, Lifette & toute la compagnie.
M. ORONTE ///
« Je me difpofois à partir avec Damis ; mais « la goutte m'en a empêché. Néanmoins, comme « ma préfence n'eft point abfolument néceffaire « à Paris, je n'ai pas voulu que mon indifpofi- « tion retardât un mariage qui fait ma plus « chère envie, & toute la confolation de ma « vieilleffe. Je vous envoie mon fils, fervez-lui « de père comme à votre fille. Je trouverai bon « tout ce que vous ferez.
« De Chartres,
« Votre affeélionné ferviteur, ^< Orgon. »
Que je le plains !
Kl VAL DE SON MAITRE