‹ Œuvres de Le Sage; avec notice et notesChapitre 55 sur 151 · SCENE XVI · texte numérisé non relu

SCENE XVI

CRISPIN (/ufis le fond , for tant de la mai fou de monfieur Oronte ; M. ORONTE, LA- BRANCHE.

M. ORONTE h Labranche.

J'aperçois ton maître : je veux rire avec lui de fon prétendu mariage ; ah, ah, ah, ah.

LABRANCHE affe^lant de rire.

Hé, hé, hé, hé, hé, hé, hé.

M. ORONTE riant, a Crifpin.

Vous ne favez pas, mon gendre, ce que l'on dit de vous ? Que cela eft plaifant ! on m'eit venu donner avis (mais avis comme d'une chofe affurée) que vous étiez marié. Vous avez, dit-on, époufé fecrétement une fille de Chartres.

LABRANCHE riant e" faifant des Jignes a Crifpin.

Hé, hé, hé, hé ; il n'y a rien de fi plaifant.

CRISPIN affeûant de rire a M. Oronte.

Ho, ho, ho, ho ; cela eft tout à fait plaifant.

M. ORONTE

Un autre, j'en fuis fur, feroit affez fot pour donner là-dedans ; mais moi, ferviteur.

LABRANCHE

Oh, diable ! monfieur Oronte eft un des plus grands génies !

CRISPIN

Je voudrois favoir qui peut être l'auteur d'un bruit fi ridicule.

LABRANCHE a Crifpin.

Monfieur dit que c'eft un gentilhomme appelé Valère.

CRIS PIN faifant l'étonné.

Valère ! qui eft cet homme-là ?

LABR ANCHE a M. Oroiite.

Vous voyez bien, monfieur, qu'il ne le connoît pas... [A Cri/pin.) Hé, là, c'eft ce jeune homme que tu fais... que vous favez, dis-je... qui eft votre rival, à ce qu'on nous a dit.

CRISPIN

Ah! oui, oui, je m'en fouviens ; à telles enfeignes, qu'on nous a dit qu'il a peu de bien, & qu'il doit beaucoup ; mais qu'il couche en joue la fille de monfieur Oronte, & que fes créanciers font des vœux très-ardens pour la profpérité de ce mariage.

M. ORONTE

Ils n'ont qu'à s'y attendre, vraiment ! ils n'ont qu'à s'y attendre !

LABRANCHE a M. Oronte.

Il n'eft pas fot, ce Valère ; il n'eft, parbleu, pas fot.

M. ORONTE a Lahranche.

Je ne fuis pas bête, non plus, je ne fuis palfembleu, pas bête ; &, pour le lui faire voir, je vais de ce pas chez mon notaire. (// va pour fortn & revient fur fes pas.) Ou plutôt, Damis, j'ai une propofition à vous faire. Je fuis convenu, je l'avoue, avec M. Orgon, de vous

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donner vingt-mille écus en argent comptant : mais voulez-vous prendre, pour cette fomme, ma maifon du fauxbourg faint Germain, elle m'a coûté plus de quatre-vingt mille francs à bâtir.

CRISPIN a M. Oro7iie.

Je fuis homme à tout prendre ; mais, entre nous, j'aimerois mieux de l'argent comptant.

LABRANCHE

L'argent, comme vous favez, efl plus portatif.

M. ORONTE a Labranche.

AfTurément.

CRISPIN

Oui, cela fe met mieux dans une valife. C'eft qu'il fe vend une terre auprès de Chartres, je voudrois bien l'acheter.

LABRANCHE, Ah ! Monfieur, la belle acquifition ! fi vous aviez vu cette terre-là, vous en feriez charmé.

Je l'aurai pour vingt-cinq mille écus, & je fuis affuré qu'elle en vaut bien foixante-mille.

LABRANCHE

Du moins, monfieur, du moins. Comment ! fans parler du refle, il*}' a deux étangs où l'on

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pêche, chaque année, pour deux mille francs de goujon,

M. ORONTE

Il ne faut pas laiffer échapper une fi belle occafion. (A Crifpin.) Écoutez, j'ai chez mon notaire cinquante mille écus que je réfervois pour acheter le château d'un certain financier qui va bientôt difparoître ; je veux vous en donner la moitié.

CRISPIN emlraffant M. Oronte.

Ah !• quelle bonté, monfieur Oronte ! je n'en perdrai jamais la mémoire ; une éternelle reconnoiffance... mon cœur... enfin, j'en fuis tout pénétré.

LABRANCHE

Monfieur Oronte eft le phénix des beauxpères.

M. ORONTE

Je vais vous quérir cet argent ; mais je rentre auparavant pour donner cet avis à ma femme. (// va poïtr fortir.)

CRISPIN Varvctant.

Les créanciers de A-'alère vont fe pendre.

M. ORONTE

Qu'ils fe pendent ! je veux que, dans une heure, vous époufiez ma fille.

14^ CRISPIN

CRISPIN riant.

Ah, ah, ah ; que cela fera plaifant.

LABRANCHE

Oui, oui, c'efl cela qui fera tout-à-fait drôle.

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