M. ORONTE, LABRANCHE
-M. ORONTE
Approche, Labranche, viens-çà... Je te trouve une ph3'fionomie d'honnête homme.
LABRANCHE
Oh! monfieur, fans vanité, je fuis encore plus honnête homme que ma phyfionomie.
J'en fuis bien aife. Ecoute; ton maître a la m.ine d'un verd sralant.
LABRANCHE
Tudieu ! c'efb un joli homme. Les femmes en font folles, il a un certain air libre qui les charme. Monfieur Orgon, en le mariant, affure le repos de trente familles pour le moins.
M. ORONTE
Cela étant, je ne m'étonne point qu'il ait pouffé à bout une fille de qualité.
LABRANCHE
Oue dites-vous ?
M. ORONTE
Il faut, mon ami, que tu me confeffes la vérité : je fais tout ; je fais que Damis eft marié, qu'il a époufé une fille de Chartres.
LABRANCHE h part.
Ouf!
M. ORONTE
■]'u le troubles ; je vois qu'on m'a dit vrai, tu es un fripon.
LABRANCHE
Moi, monfieur?
M. ORONTE
Oui, toi, pendard! je fuis inftruit de votre deffein, & je prétends te faire punir comme complice d'un projet fi criminel.
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LABRANCHE
Quel projet, monfieur ! Que je meure, fi je comprends...
M. ORONTE
Tu feins d'ignorer ce que je te veux dire, traître ! Mais, fi tu ne me fais tout-à-l'heure un aveu fmcère de toutes chofes, je vais te mettre entre les mains de la juflice.
LABRANCHE
Faites tout ce qu'il vous plaira, monfieur; je
je n'ai rien à vous avouer. J'ai beau donner la
torture à mon efprit, je ne devine point le fujet
de plaintes que vous pouvez avoir contre moi.
M. ORONTE, Tu ne veux donc pas parler ? (// appelle vers fa mai/on.) Holà, quelqu'un! qu'on me faffe venir un commiffaire.
LABRANCHE le retenant.
Attendez, monfieur, point de bruit. Tout innocent que je fuis, vous le prenez fur un ton qui ne laifTe pas d'embarraffer mon innocence. Allons, éclairciffons-nous tous deux de fangfroid. Çà, qui vous a dit que mon maître étoit marié ?
Oui? Il l'a mandé lui-même à un de fes amis, à Valère.
RIVAL DE SOiN MAITRE I4I
LABRANCHE
A Valère, dites-vous ?
M. ORONTE
A Valère, oui. Que répondras-tu à cela?
LABRANCHE riant.
Rien : parbleu ! le trait ell excellent ! Ah, ha ! monfieur Valère, vous ne vous y prenez pas mal, ma foi !
M. ORONTE, Comment ! Qu'eft-ce que cela fignifie ?
LABRANCHE riant.
On nous l'avoit bien dit, qu'il nous régaleroit tôt ou tard d'un plat de fa façon : il n'y a pas manqué, comme vous voyez.
M. ORONTE
Je ne vois point cela.
LABRANCHE
\''ous Fallez voir, vous l'allez voir. Premièrement, ce Valère aime mademoifelle votre fille, je vous en avertis.
M. ORONTE
Je le fais bien.
LABRANCHE
Lifette ell dans fes intérêts : elle entre dans toutes les mefures qu'il prend pour faire réuffir
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fa recherche. Je vais parier que c'eft elle qui vous aura débité ce menfonge-là.
Il ell vrai.
LABRANCHE
Dans l'embarras où l'arrivée de mon maître les a jetés tous deux, qu'ont-ils fait? Ils ont fait courir le bruit que Damis étoit marié. Valère même montre une lettre fuppofée qu'il dit avoir reçue de mon maître ; & tout cela, vous m'entendez bien, pour fufpendre le mariage d'Angélique.
M. ORONTE bas, a part.
Ce qu'il dit eft affez vraifemblable.
LABRANCHE
Et , pendant que vous approfondirez ce faux
bruit, Lifette gagnera l'efprit de fa maîtreffe,
& lui fera faire quelque mauvais pas ; après
quoi vous ne pourrez plus la refufer à \''alère.
M. ORONTE bas, a part.
Hon, hon ! ce raifonnement ell affez raifonnable.
LABRANCHE
Mais, ma foi, les trompeurs feront trompés, monfieur Oronte eft homme d'efprit, homme de de tête ; ce n'eft point à lui qu'il faut fe jouer.
M. ORONTE
Xon, parbleu !
\'ous llivez toutes les rubriques du monde, toutes les rufes qu'un amant met en ufage pour fupplanter fon rival.
M. ORONTE haut.
Je t'en réponds. Je vois bien que ton maître n'eft point marié. Admirez un peu la fourberie de Valère ! il affure qu'il eft intime ami de Damis, & je rais parier qu'ils ne fe connoiffent feulement pas.
LABRANCHE
Sans doute. Malepefle ! monfieur, que vous êtes pénétrant ! comment ! rien ne vous échappe.
M. ORONTE
Je ne me trompe génère dans mes conjedures.