M. ORGON, LABRANCHE
M. ORGON à hù-7nême.
Je ne fais quel accueil je vais recevoir de monfieur & de madame Oronte.
LABRANCHE bas, a hn-niême.
Vous n'êtes pas encore chez eux. [Haut.) Serviteur à monfieur Orgon.
M, ORGON haut.
Ah ! je ne te voyois pas, Labranche.
LABRANCHE
Comment, monfieur, c'efl donc ainfi que vous furprenez les gens ! Qui vous croyoit à Paris ?
M. ORGON
Je fuis parti de Chartres peu de temps après toi, parce que j'ai fait réflexion qu'il valoit mieux que je parlaffe moi-même à monfieur
Oronte, & qu'il n'étoit pas honnête de retirer ma parole par le miniflère d'un valet.
LABRANCHE
Vous êtes délicat fur les bienféances, à ce que je vois. Si bien donc que vous allez trouver monfieur & madame Oronte.
M. ORGON
C'eft mon deffein.
Rendez grâces au ciel de me rencontrer ici à propos pour vous en empêcher.
M. ORGON
Comm.ent ! les as-tu déjà vus, toi, Labranche ?
LABRANCHE
Hé, oui, morbleu, je les ai vus : je fors de chez eux. Madame Oronte eft dans une colère horrible contre vous.
M. ORGON
Contre moi ?
LABRANCHE
Contre vous. Hé, quoi ! a-t-elle dit, monfieur Orgon nous manque de parole ; qui l'auroit cru? Ma fille déformais ne doit plus efpérer detabliffement.
M. ORGON
Quel tort cela peut-il faire à fa fille ?
CKISPIN
LABRANCHE
C'eil ce que je lui ai répondu. Mais comment voulez-vous qu'une femme en colère entende r.iifon ? c'eft tout ce qu'elle peut faire de fangfroid. Elle a fait là-deffus des raifonnemens bourgeois. « On ne croira point dans le monde, « a-t-elle dit, que Damis ait été obligé d'époufer « une fille de Chartres ; on dira plutôt que « monfieur Orgon a approfondi nos biens, « & que, ne les ayant pas trouvés folides, il a s\ retiré fa parole. »
M. ORGON
Fi donc ! peut-elle s'imaginer qu'on dira cela ?
Vous ne fauriez croire jufqu'à quel point la fureur s'efl emparée de fes fens. Elle a les yeux dans la tête ; elle ne connoît perfonne, elle m'a pris à la gorge, & j'ai eu toutes les peines du monde à me tirer de fes griffes,
M. ORGON
Et monfieur Oronte ?
LABRANCHE
Oh ! pour monfieur Oronte, je l'ai trouvé plus modéré, lui ; il m'a donné feulement deux foufflets.
M. ORGON
Tu m'étonnes, Labranche ; peuvent-ils être capables d'un pareil emportement ; & doivent-
ils trouver mauvais que j'aie confenti au mariaq^e de mon fils ? Ne leur en as-tu pas expliqué toutes les circonftances ?
LABRANCHE
Pardonnez-moi, je leur ai dit que, monfieur votre fils aj'^ant commencé par où l'on finit d'ordinaire, la famille de votre bru fe préparoit à vous faire un procès, que vous avez fagement prévenu en uniflant les parties.
M. OKGON.
Ils ne fe font pas rendus à cette raifon ?
LABRANCHE
Bon, rendus! Ils font bien en état de fe rendre. Si vous m'en croyez, monfieur, vous retournerez à Chartres tout-à-l'heure.
M. ORGOX.
Non, Labranche, je veux les voir, & leur repréfenter fi bien les chofes, que... (// va pour entrer chez monfieur Or on te).
LABRANCHE /<? retenant. Vous n'entrerez pas, monfieur, je vous affure ; je ne fouffrirai point que vous alliez vous faire dévifager. Si vous leur voulez parler abfolument, laiffez pafTer leurs premiers tranfports.
M. ORGON
Cela eft de bon fens.
l6o CRISPIN
LABRANCHE
Remettez votre vifite à demain. Ils feront plus difpofés à vous recevoir.
M. ORGON
Tu as raifon ; ils feront dans une fituation moins violente. Allons, je veux fuivre ton confeil.
LABRANCHE
Cependant, monfieur, vous ferez ce qu'il vous plaira, vous êtes le maître.
M. ORGON
Non, non; viens Labranche; je les verrai demain. {Il fort).
LABRANCHE
Je marche fur vos pas.
{Labranche feid. )