M. MILLION
A votre fervice. Et Millioni eft mon nom.
I. Repréfentée à la foire Saint-Laurent, en 1722, par les comédiens italiens de S. A. R. le duc d'Orléans, régent.
LA FÉE
C'eft-à-dire que vous êtes un champignon de la rue Quincampoix.
M. MILLIONI.
O riieureux temps que vous me rappelez ! Alors on défertait tous les quartiers pour le rendre dans cette rue célèbre. Les procureurs quittoient le château, & la veuve & l'orphelin étoient tranquilles. Les médecins abandonnoient les malades, & les malades guériflbient. Les poètes négligcoicnt l'Opéra, & l'Opéra ne s'en trouvoit que mieux.
LA FÉE
Cela cft vrai.
Xous étions un tas de nouveaux riches qui compofoient un monde à part. Nous vidions les magafnis, nous nous emparions des châteaux, & nous enlevions au public la beauté vagabonde peur partager avec elle notre profpérité ' . »
Et que demande-t-il aux fées ? Un dédommagement des millions que lui ontôtés certaines gens qui ont voulu favoir d'où ils lui venaient. Voilà bien de la curiofité, n'elt-ce pas? Et pourquoi remonter à la fource .'' Ces richeffeslà reffemblent à ceux qui les acquièrent : elles font fans origine. Cependant; comme il a befoin de la fée, il veut bien confentir à lui apprendre comment un fiacre a pu devenir fi riche. « Une nuit, dit-il, après avoir ramené du Pont-aux-Choux, deux aétionnaires avec deux groffes réjouies, je trouvai dans mon carrofle