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Plus preffé de payer fon boulanger que de contenter Boileau, Lefage porta fa verve comique au théâtre de la Foire. Il fit des chefsd'œuvre au jour le jour, démontra qu'on peut avoir de l'efprit fur les tréteaux & même fur les planches des théâtres de marionnettes. Sa verve facile & concife fe prêtait aux fituations précifes & rapides, aux fcènes libres, fans prétentions, & qui n'avaient aucun fouci des règles d'Ariflote.
Lefage était né auteur comique. Il en avait le don, le flair, fi je puis m'exprimer ainfi. Il reflbrt abondamment de la leélure de fon oeuvre dramatique que, fi les privilèges n'avaient pas exiffcé, il eût créé un nouveau genre, non pas l'opéra-comique , mais le vaudeville moderne. Malheureufement, la Comédie-Françaife était jaloufe & armée du privilège. Lefage lutta pourtant, & avec d'autant plus d'acharnement qu'il avait toujours fur le cœur l'échec de Turcaret.
Les reifources offertes par les fcènes foraines étaient précaires. Dès 1703, les comédies dialoguées leur avaient été défendues fur les réclamations des comédiens français. Elles repréfentèrent alors des fcènes dialoguées formant chacune une aélion particulière. En 1707, nouvelle prohibition. Le cardinal d'Eftrées, abbé de Saint-Germain, intercéda vainement en
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leur faveur. Il fallut trouver moyen d'intéreffer & d'amufer les fpeélateurs avec des monologues. La chofe était malaifée. On y parvint néanmoins. Les a<5leurs répondirent par des lignes à celui qui récitait le monologue, ou bien celui-ci répéta tout haut ce que fon interlocuteur feignait de lui dire tout bas. Meffieurs de la Comédie-Françaife trouvèrent encore le mot à dire. Les malheureux aéleurs forains furent réduits à la pantomime. Ils imaginèrent alors les pièces à écriteaux. Ces écriteaux, généralement rédigés en couplets, defcendaient de la voûte & remplaçaient ce que Tableur ne pouvait dire. Qu'arriva-t-il de ces tracafferies ?.., Les fpe6lateurs devinrent exécutants & chantèrent ces couplets en chœur.
Ce mode de procéder dura quatre ans, de 1710 à 1714. Il était donc en pleine vigueur lorfque Lefage, transfuge de la Comédie-Françaife, fe tranfporta à la foire avec armes & bagages.
Il va de foi qu'il y continua fa guerre aux financiers, non plus en rafe campagne, car les baraques foraines euffent été fermées, mais derrière les haies & les buiffons. Le dernier mot de Turcaret n'annonçait-il pas la continuation des hoflilités : « Voici le règne de Monfieur Turcaret fini, dit Frontin en époufant Lifette, le mien va commencer ! » Cette exclamation
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fut une prophétie. Huit ans après, Jean Law fondait fa fameufe banque. Le nombre des Frontins qui devinrent Turcarets efl incalculable. Quelques-uns, dont i'hifboire a gardé les noms, furent fermiers généraux, ce qui confirme une fois de plus le dire d'Arlequin : « Le métier de laquais efl le vrai noviciat de la fortune. » La vieille haine du bourgeois breton contre la finance s'exhala à nouveau. Dans la Foire des Fées ^^ nous retrouvons Turcaret après le cinquième adle.
Un jour les fées, défolées qu'on ne parlât plus d'elles dans le monde, réfolurent de fe figna- 1er par quelque chofe de fingulier en donnant une foire qui durât un mois. Elles devaient pendant ce temps diftribuer à tous les peuples de la terre les dons qu'ils viendraient leur demander. Les Français commencèrent. L'un d'eux fe préfente à la fée doyenne, qui lui demande quelle était fa profeffion.
« Un poète, à ma place, répond-il, vous dirait effrontément qu'il était du métier du foleil, puil'que j'avais comme lui un char à conduire.
LA FÉE
Vous étiez fiacre.