‹ Œuvres de Le Sage; avec notice et notesChapitre 71 sur 151 · M. TROUSSE -GALANT, M. BOLUS, AMBROISE · texte numérisé non relu

M. TROUSSE -GALANT, M. BOLUS, AMBROISE

M. TROUSSE-GALANT revenant avec Ambroife, a M. Bolus.

Confidérez-moi ce garçon-là. Vit-on jamais de corps mieux proportionné ?

M. BOLUS a M. Trotiffe-Gala7it.

Non ; il ^ tout l'embonpoint néceffaire.

l86 LA TONTINE

M. TROUSSE-GALANT

Oue dites-vous de ces yeux?

M. BOLUS

Ah ! qu'ils font vifs !

M. TROUSSE-GALANT

Comment trouvez- vous fa charnure?

M. BOLUS

Admirablement belle.

M. TROUSSE-GALANT h Amlroife.

Ouvre la bouche, (/i M. Bohis.) Voyez ces dents : qu'elles font faines & bien rangées !

M. BOLUS

Il n'en a pas perdu une.

M. TROUSSE-GALANT a Ambroife.

Fais un peu entendre ta voix.

AMBROISE

Hem, hem, hem.

M. EOLUS. C'efl un tonnerre ! La bonne conltitution !

M. TROUSSE-GALANT a M. Boliis.

Tâtez-lui le pouls. Il l'a ferme & toujours égal.

M. BOLUS ayant tâté le pouls d' Ambroife. Il a tous les fignes d'une longue vie.

M. TROUSSE-GALANT

Regardez cette poitrine.

M. BOLUS

Quelle largeur ! Que vous avez fait-là une bonne affaire, monfieur le dodeur!

M. TROUSSE-GALANT

Nous allons nous enrichir, monfieur Bolus.

M. BOLUS

C'efl un Pérou que nous avons là,

M. TROUSSE-GALANT h Amhroife.

Parle, Ambroife, dis-moi : hier au foir, lorfque tu te mis au lit, fus-tu long-tems fans t'endormir ?

AMBROISE a M. Troitffe-Galant.

D'abord que j'eus la tête fur le chevet, crac, je ra'affoupis.

M. BOLUS

Sommeil aifé.

AMBROISE

Et je ne me fuis éveillé que fort tard ce matin.

M. TROUSSE-GALANT a M. BoIliS.

Et profond ; avec un appétit toujours égal & que j'ai foin de foumettre aux règles de la fobriété,

l88 LA TONTINE

AMBROISE

Oh ! pour cela, monfieur le dodeur, vous me faites vivre bien fobrement... (// bâille^

M. TROUSSE-GALANT

Comme il bâille ! Hom ! ce bâillement ne fignifie rien de bon. Cela dénote une plénitude de vailTeaux, la tenfion des mufcles, l'extenfion du diaphragme avec un épanchement irrégulier des efprits animaux. Il faut remédier à ce dérangement par une copieufe faignée.

AMBROISE d'un ton pleureur.

Encore une faignée, miféricorde !

M. TROUSSE-GALANT

Précédée d'un lavement compofé de plantes émollientes, pour empêcher que les fucs groffiers ne fuccèdent au fang que l'on doit tirer. Allez vite, monfieur Bolus, préparez vous-même ce clillère, & l'apportez.

M. BOLUS

Je ferai bientôt de retour.

M, TROUSSE-GALANT

Le plutôt qu'il vous fera poffible. L'affairç eft férieufe, & veut de la diligence.

M, Bolus fort.

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