M. TROUSSE -GALANT, M. BOLUS, AMBROISE
M. TROUSSE-GALANT revenant avec Ambroife, a M. Bolus.
Confidérez-moi ce garçon-là. Vit-on jamais de corps mieux proportionné ?
M. BOLUS a M. Trotiffe-Gala7it.
Non ; il ^ tout l'embonpoint néceffaire.
l86 LA TONTINE
M. TROUSSE-GALANT
Oue dites-vous de ces yeux?
M. BOLUS
Ah ! qu'ils font vifs !
M. TROUSSE-GALANT
Comment trouvez- vous fa charnure?
M. BOLUS
Admirablement belle.
M. TROUSSE-GALANT h Amlroife.
Ouvre la bouche, (/i M. Bohis.) Voyez ces dents : qu'elles font faines & bien rangées !
M. BOLUS
Il n'en a pas perdu une.
M. TROUSSE-GALANT a Ambroife.
Fais un peu entendre ta voix.
AMBROISE
Hem, hem, hem.
M. EOLUS. C'efl un tonnerre ! La bonne conltitution !
M. TROUSSE-GALANT a M. Boliis.
Tâtez-lui le pouls. Il l'a ferme & toujours égal.
M. BOLUS ayant tâté le pouls d' Ambroife. Il a tous les fignes d'une longue vie.
M. TROUSSE-GALANT
Regardez cette poitrine.
M. BOLUS
Quelle largeur ! Que vous avez fait-là une bonne affaire, monfieur le dodeur!
M. TROUSSE-GALANT
Nous allons nous enrichir, monfieur Bolus.
M. BOLUS
C'efl un Pérou que nous avons là,
M. TROUSSE-GALANT h Amhroife.
Parle, Ambroife, dis-moi : hier au foir, lorfque tu te mis au lit, fus-tu long-tems fans t'endormir ?
AMBROISE a M. Troitffe-Galant.
D'abord que j'eus la tête fur le chevet, crac, je ra'affoupis.
M. BOLUS
Sommeil aifé.
AMBROISE
Et je ne me fuis éveillé que fort tard ce matin.
M. TROUSSE-GALANT a M. BoIliS.
Et profond ; avec un appétit toujours égal & que j'ai foin de foumettre aux règles de la fobriété,
l88 LA TONTINE
AMBROISE
Oh ! pour cela, monfieur le dodeur, vous me faites vivre bien fobrement... (// bâille^
M. TROUSSE-GALANT
Comme il bâille ! Hom ! ce bâillement ne fignifie rien de bon. Cela dénote une plénitude de vailTeaux, la tenfion des mufcles, l'extenfion du diaphragme avec un épanchement irrégulier des efprits animaux. Il faut remédier à ce dérangement par une copieufe faignée.
AMBROISE d'un ton pleureur.
Encore une faignée, miféricorde !
M. TROUSSE-GALANT
Précédée d'un lavement compofé de plantes émollientes, pour empêcher que les fucs groffiers ne fuccèdent au fang que l'on doit tirer. Allez vite, monfieur Bolus, préparez vous-même ce clillère, & l'apportez.
M. BOLUS
Je ferai bientôt de retour.
M, TROUSSE-GALANT
Le plutôt qu'il vous fera poffible. L'affairç eft férieufe, & veut de la diligence.
M, Bolus fort.