‹ Œuvres de Le Sage; avec notice et notesChapitre 72 sur 151 · M. TROUSSE-GALANT, AMBROISE · texte numérisé non relu

M. TROUSSE-GALANT, AMBROISE

AMBROISE

Ne vous lafTerez-vous point de me tourmenter, monfieur le do<5leur? Il n'y a que trois jours que je fuis entre vos mains, vous m'avez déjà fait faigner deux fois.

M, TROUSSE-GALANT

Le fang n'eft pas néceflaire à la confervation de la vie. Je fais ce que je fais. J'ai plus d'intérêt que tu vives que toi-même. Ecoute, mon ami, auffitôt que tu auras été faigné, je te ferai bien déjeûner.

AMBROISE

Ah ! bon pour cela.

M. TROUSSE-GALANT

Je te veux donner quelque chofe d'appétiffant. Que mangerois-tu bien, par exemple ?

AMBROISE

Je mangerois bien d'une bonne fricaffée de pieds de mouton.

M. TROUSSE-GALANT

Fi ! Quel mauvais génie te pouffe à d^firer

igO LA TONTINE

un aliment û déteflable. C'efl une chair vifqueufe & adhérente à l'eftomach.

AMBROISE, Il me femble pourtant avoir ouï dire que les apothicaires en faifoient des gelées.

M. TROUSSE-GALANT

D'accord. Mais, entre nous, ils les vendent & les font paffer pour des fucs & des précis de viandes exquifes.

AMBROISE

Hé bien ! faites-moi mettre à la broche une bonne Oie.

M. TROUSSE-GALANT

Rien n'efl plus indigelle.

AMBROISE

Donnez-moi donc des faucifles de cochon.

M. TROUSSE-GALANT

Cela efl trop falé.

AMBROISE

Trop falé, trop doux, trop crud, trop cuit ; que diable voulez-vous donc que je mange?

M. TROUSSE-GALANT

Une once de fromage mou.

AMBROISE

Du fromage mou !

CO.MEDIE 191

M. TROUSSE-GALANT

Avec deux ou trois verres de tifane hépatique.

AMBROISE

Je fuis mort. Je fuis enterré.

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