AMBROISE, FROSINE
AMBROISE foitpirant.
Ahi!
FROSINE
Tu foupires ! D'où vient cela, mon pauvre Ambroife?
ig2 LA TONTINE
AMBROISE
On va me faigner encore & me donner... {Il fait le gejle de donner tm lavement.)
FROSINE
Qu'as-tu donc?
AMBROISE
On dit que j'ai l'extenfion du diaphragme, les mufcles, & je ne fais combien d'autres maux encore ; &, fi, pourtant je ne fens rien de tout cela.
FROSINE
Tant pis, mon ami, tant pis, quand on ne fent point fon mal.
AMBROISE
Depuis que je fuis dans cette maifon, j'ai perdu plus de fang que dans toutes mes campagnes.
Je le crois.
AMBROISE
Monfieur Trouffe-Galant prétend me faire furvivre à toute ma claffe : mais s'il continue à me traiter comme il le fait, il ne touchera pas feulement le premier quartier.
FROSINE
La chofe eft poffible.
AMBROTSE.
Dites plutôt afllirée. Quand j'échapperois à la faignée, je n'échapperai point à la diète.
FROSINE
Il efl confiant que la frugalité règne dans tes repas.
AMBROISE
Hé! comment diable y réfifter? Il me tient enfermé & me traite en malade, il rogne & compte mes morceaux. II me défend même le vin. Maugi"ebleu de fes principes ! Il feroit mieux de laiffer agir la nature.
FROSIxNE.
En effet, défendre le vin à un rentier de la troifième claffe, c'eft défendre les femmes à un homme de la féconde.
AMBROISE
Frofme, ma chère Frofine, es-tu capable de pitié ?
Sans doute. Que puis-je faire pour toi ?
AMBROISE
Tu difpofes de tout dans la maifon. Si lu voulois me donner une bouteille de vin, je te devrois la vie.
FROSINE
Le ciel m'en préferve ! Puifqu'on t'interdit le vin, c'eft une preuve que le vin t'efl contraire.
AMBROISE
Je t'en conjure à genoux.
FROSINE
Prière inutile.
AMBROISE
Donne-moi feulement une chopine,
FROSINE
Pas une goutte.
AMBROISE
Ah, cruelle ! fi je n'avois que vingt-cinq ans, tu m'offrirois la clef de la cave.
FROSINE
Je n'en voudrois pas jurer.