‹ Œuvres de Le Sage; avec notice et notesChapitre 77 sur 151 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

M. TROUSSE-GALANT, iMARIANNE, FROSINE.

MARIANNE, Oue fouhaitez-vous de moi, mon père?

M. TROUSSE-GALANT a Marianne.

Vous apprendre une chofe, qui, je crois, ne vous fera pas défagréable : j'ai réfolu de vous marier. Je vous ai choifi pour époux un homme qui ne vohs donnera que de la latisfaélion, un homme qui a toute la fageffe imaginable.

MARIANNE en foiipirant.

O ciel !

FROSINE en foupirant.

Ahi!

M. TROUSSE-GALANT regardant fa fdle.

Il a toute la prudence...

MARIANNE bas.

Oue je fuis malheureufe !

M. TROUSSE-GALANT regardant Frofine.

Toute la maturité d'efprit.

FROSINE bas.

Nous voilà bien partagées !

M. TROUSSE-GALANT

Ouais ! Que fignifie donc ceci, s'il vous plaît? Je ne vous ai point encore nommé le gendre dont j'ai fait choix ; je ne vous en dis que du bien, & vous faites toutes deux la grimace.

FROSINE a M. Troïiffe -Galant.

Ce n'eft pas le bien que vous en dites qui

igS LA TONTINE

nous chagrine ; c'eft le défagrément qui }'• eft attaché.

M. TROUSSE-GALANT a Frofine.

Comment! le défagrément?

FROSINE

Eh ! oui, monfieur, ces bonnes qualités ne conviennent qu'à un vieillard. Faites -nous plutôt un vilain portrait de quelque joli jeune homme.

M. TROUSSE-GALANT

Mais ce n'eft point un vieillard que je defline à ma fille ; c'eft monfieur Bolus.

MARIANNE avec fîivprife.

Monfieur Bolus !

FROSINE y«;' le ?nême ton.

Monfieur Bolus !

M. TROUSSSE-GALANT.

Oui, monfieur Bolus. Il n'a que cinquante ans. Ce n'eft qu'à cet âge-là que l'on commence d'avoir du mérite.

FROSINE

Un homme de mérite ne convient donc point à mademoifelle Marianne ; & je vais vous le prouver. Pour connoître le prix d'un époux plein de mérite & de raifon , ne faut-il pas que l'époufe ait l'efprit mûr? Or, mademoi-

felle ne l'a pas encore ; mais û vous lui donnez à préfent un jeune homme, dans vingt ans d'ici elle aura de la raifon & un mari raifonnable.

M. TROUSSE-GALANT

Le beau raifonnement ! Une fille fage ne doit point examiner l'époux qu'on lui propofe ; elle ne doit confidérer que le plaifir de faire une chofe agréable à fon père. Entendez-vous, Marianne? Qu'à mon retour je vous trouve difpofée à recevoir la main de monfieur Bolus. {//s'en va.)

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