SCENE XIII
MARIANNE, FROSINE
MARIANNE. L'as-tu bien entendu, Frofme ? Eft-il un malheur égal au mien ? Ce n'eft pas afîez de perdre l'efpérance d'être à Eralle, il faut encore me réfoudre à devenir femme de monfieur Bolus.
FROSINE.' La piluUe efl amère alTurément.
MARIANNE
Erafle, cher Érafle, quel fera ton défefpoir quand tu fauras cette nouvelle !
FROSINE
Hélas! je crois déjà le voir qui s'afflige avec vous. Quelle vive douleur paroît dans fes yeux ! Que de pleurs coulent des vôtres ! j'en ai le friïïbn pour le vieil apothicaire.
MARIANNE
Que tu plaifantes mal à propos !
FROSINE
Je ne plaifante point. Je ne fais, comme vous, que me repréfenter l'avenir : mais je le regarde dans un point de vue différent. Vous n'envifagez que le défefpoir, & moi que la confolation. Je lis dans l'avenir plus agréablement que vous.
MARIANNE
Tu te trompes, Frofme. Si je fuis affez malheureufe pour être à monfieur Bolus, j'en gémirai fans doute, mais je remplirai mon fort. Plus j'aurai à fouffrir, plus ma vertu s'affermira.
FROSINE
Je fais bien que la vertu s'épure dans les fouffrances ; mais elle s'y laiffe auffi quelquefois corrompre.
MARIANNE
J'entends du bruit. Quelqu'un vient.