‹ Œuvres de Le Sage; avec notice et notesChapitre 79 sur 151 · MARIANNE, FROSINE, ÉRASTE, CRISPIN · texte numérisé non relu

MARIANNE, FROSINE, ÉRASTE, CRISPIN

FROSIXE à Marianne.

Eh ! mademoifelle, c'efl Erafle !

CRISPIN

C'efl lui-même, Frofme, & ton aimable Crifpin.

FROSINE à Erafle à" à Cri/pin.

Vous arrivez ici, meffieurs, fort à propos pour nous aider à détourner l'orage qui nous menace. Monfieur Trouffe-Galant a promis fa fille à monfieur Bolus.

CRISPIN

Ace vieux camard d'apothicaire qui travaille dans fa boutique avec des lunettes ?

FROSINE

Juflement.

ÉRASTE

Cela ell-il poffible ?

FROSINE

Si poffible, que ce mariage fe doit faire inceffammcnt.

ÉRASTE à Marianne.

Hé ! mademoifelle, vous laifferez-vous entraîner à l'autel, fans faire le moindre effort en ma faveur ?

MARIANNE

Quels efforts, Érafle, pouvez-vous attendre de moi?

CRISPIN

Parbleu! mefdames, vous n'avez qu'à nous fuivre jufqu'à notre auberge. Nos chevaux font

tout prêts Nous vous enlèverons toutes

deux.

FROSINE

C'efl bien dit. Laiffons-nous enlever. Tout eft pardonnable dans le premier mouvement.

MARIANNE

Vous extravagiiez, Frofme.

ÉRASTE

Crifpin, je t'en conjure, cherche dans ta tête quelque flratagême qui puiffe prévenir cette union funefte.

CRISPIN

C'efl à quoi je vais rêver. Rêve auffi de ton ,côté, Frofme, toi qui es d'une fi grande refTource pour les coups de partie.

FROSINE a Crifpin.

J'y confens. Échauffons-nous à l'envi l'imagination.

CRISPIN

lié bien ! qu'imagines-tu?

FROSINE

Oh ! donne-toi patience.

CRisriN.

Pefle foit de l'efprit bouché ! Je ne rêve pas lî long-tems, moi. J'ai déjà trouvé le meilleur expédient...

FROSINE

Voyons.

CRISPIN

Il n'y a qu'à brouiller monfieur Bolus avec monfieur Troufle-Galant. N'ell-ce pas un moyen fur de rompre le mariage qu'ils ont arrêté enfemble ?

FROSINE

Sans contredit.

ÉRASTE

Cela me paroît bien penfé.

CRISPIN a Érafte.

N'efl-ce pas ? Oh ! les rufes ne me]coûtent rien,

FROSINE

Mais tu ne dis pas de quelle manière on pourra les brouiller.

Ah ! vous avez raifon. Comment pourronsnous en venir à bout? Attendez : quelque malade depuis peu ne feroit-il pas mort entre leurs mains ?

FROSINE

Oui vraiment ; ils viennent d'expédier monfieur Bonnegriffe, le procureur.

CRISPIN

Cela efl heureux. 11 faut dire à monfieur Trouffe-Galant que monfieur Bolus dit que c'eft l'ordonnance du médecin qui a fait mourir le malade, & l'on dira en même tems à l'apothicaire que le médecin rejette la faute fur lacompofition.

ÉRASTE

J'approuve cette idée.

FROSINE

Elle ne vaut rien.^

MARIANNE h Frofme.

Pourquoi donc?

FROSINE a Marianne.

Elle ne vaut rien, vous dis-je. Monfieur Bolus & monfieur Trouffe-Galant font intimes amis. Il y a dix ans qu'ils tuent les plus honnêtes gens de Paris, fans avoir le moindre démêlé

fur cela, & vous voulez qu'ils fe brouillent pour

un procureur ?

Il me vient un autre artifice. Oh! pour celui-ci, il eft immanquable. Efl-il vrai que monfieur Trouffe-Galant a mis dix mille francs à la tontine, fur la tête d'un payfan ?

FROSINE a Crifpin.

Rien n'eft plus véritable.

CRISPIN

Tant mieux. Cela m'infpire un deflein dont je tiens la réuffite infaillible. Je voudrois parier à ce payfan.

Tu vois la porte de fa chambre. Tu peux entrer. Il eft feul.

CRISPIN entrant dans la chambre cVAmbroife. Cela fuffit. Laiffe-moi faire.

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