MARIANNE, FROSINE, M. TROUSSE- GALANT
M. TROUSSE-GALANT
Hé bien, Frofme ? dans quelle réfolution efl votre maîtreffe ?
FROSINE à M. Troîiffe-Galant.
Dans la réfolution de vous obéir. Oh ! vraiment, nous avons bien changé de fentiment
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depuis tantôt. Nous avons fait attention aux difcours judicieux que vous nous avez tenus. Savez-vous bien, monfieur, que vous nous-avez mifes dans le goût des vieillards.
M. TROUSSE-GALANT foiiviant.
Tout de bon ?
FROSINE
Demandez à monfieur Bolus de quelle manière nous l'avons reçu. Nous n'avons préfentement des yeux que pour la vieillelTe.
M, TROUSSE-GALANT
Je ne fais fi tu parles férieufement ; mais dans le fond, il eil certain qu'un homme d'un âge un peu avancé vaut mieux que...
FROSINE
Cent mille fois. Je voudrois qu'on me pré-
fentât d'un côté quelque beau vieillard, & de
l'autre un jeune morveux de moufquetaire ; je
ne balancerois pas, monfieur, je vous l'affure.
M. TROUSSE-GALANT
En effet, un vieillard a mille complaifances pour fa femme.
FROSINE
Eh! oui: au lieu qu'un jeune homme n'en a
que pour celle de fon voifm. Le vieux mari
nous laiffe fon bien en mourant, & l'autre ne
meurt fouvent qu'après avoir mangé le nôtre.
M. TROUSSE-GALANT
Cette fille quelquefois ne raifonne pas mal. Enfin, Marianne, je fuis ravi que vous n'aj-ez plus de répugnance à époufer M. Bolus.
MARIANNE bas, a elle-même.
Ah ! que plutôt mille coups de poignard...
M. TROUSSE-GALANT
Que dit-elle entre fes dents de coups de poignard, Frofine ?
FROSINE
Elle dit qu'elle fe poignardera, monfieur, fi on ne lui donne monfieur Bolus : elle en eft folle au moins.
M. TROUSSE-GALANT
Voilà une paffion qui efl venue bien brufquement !
FROSINE
Et une paffion légitime encore !
M. TROUSSE-GALANT
Mais c'efl une fureur, Frofine.
Affurément. Quand vous lui auriez défendu .d'aimer monfieur Bolus, elle ne l'aimeroit pas davantage,
2l8 LA TONTINE