‹ Œuvres de Le Sage; avec notice et notesChapitre 86 sur 151 · SCENE XXI · texte numérisé non relu

SCENE XXI

M. TROUSSE-GALANT, MARIANNE, FROSINE, ÉRASTE; CRISPIN degui/e.

M. TROUSSE-GALANT

Quels gens viennent

FROSINE

Ce font deux efpèces d'officiers.

CRISPIN à M. TrouJ/e-Galant.

Je cherche monfieur Trouffe-Galant. On dit que c'efl une figure bourfoufflée, une figure ténébreufe. Il faut que ce foit vous.

M. TROUSSE-GALANT à Crijpin.

C'efl moi-même.

CRISPIN

Ah ! monfieur, que je vous embraffe. Comment ! on ne parle que de vous dans le monde ! On dit que vous êtes un habiliffime, & que vos ordonnances font écrites en beau latin,

M. TROUSSE-GALANT

Monfieur !

CRISPIN montrant Marianne & Frojine.

Hé ! qui font ces aimables perfonnes ?

M. TROUSSE-GALANT

L'une efl ma fille, & l'autre fa fuivante.

CRISPIN

Pour vous montrer que j'honore tout ce qui vous appartient, je veux auffi les embraffer. (// va pour les embraffer.)

MARIANNE a Crifpin, le repouffant.

Tout beau, monfieur l'offîcier.

FROSINE a Crifpin.

Vous nous prenez pour vos hôteffes.

M. TROUSSE-GALANT a part.

Ces gens-là font bien familiers.

CRISPIN

N'avez-vous qu'une fille?

M. TROUSSE-GALANT

Non, monfieur.

CRISPIN

Tant-pis. Quand elles font tournées comme celle-là, la marchandife eft de défaite.

M. TROUSSE-GALANT

Auffi vais-je,Dieu aidant, la marier à un apothicaire de mes amis.

CRISPIN

Fort bien. Vos malades n'ont quà s'attendre à beaucoup de clifi;ères & de purgations.

M, TROUSSE-GALANT

Ils n'en manqueront pas.

CRISPIN

Plus je regarde votre fille, & plus je trouve qu'elle vous reffemble.

M. TROUSSE-GALANT

Vous vous moquez.

CRISPIN

Foi de héros ! c'ell votre portrait en mignature; vous avez tous deux les mêmes yeux, quoique de couleur différente. Son petit nez deviendra grand comme le vôtre ; vifage ovale, vifage long, il faut avouer qu'il y a des reffemblances étonnantes dans certaines familles.

M. TROUSSE-GALANT

Venons, s'il vous plaît, monfieur, à ce qui vous amène ici.

CRISPIN

Vous avez-là une fervante qui me lorgne. Il faut que je fois né pour faire le bonheur d'une foubrette; car elles m'agacent toutes.

M, TROUSSE-GALANT

Monfieur, de grâce, dites-m.oi qui vous êtes.

CRISPIN

. Je fuis colonel, & vous voyez avec moi mon major. Je viens vous confulter fur une maladie.

MARIANNE s'en allant.

Adieu, monfieur le colonel.

Pourquoi vous en allez-vous, les belles ?

FROSINE s'en allant.

Nous ne voulons point entendre la converfation d'un officier qui confulte un médecin.

Page 1