MARINE, LA BARONNE
LA BARONNE
Tu vas te déchaîner contre moi, Marine, t'emporter.
MARINE
Non, madame, je ne m'en donnerai pas la peine, je vous affure. Hé! que m'importe après tout que votre bien s'en aille comme il vient ? Ce font vos affaires, madame ; ce font vos affaires.
LA BARONNE
Hélas ! je fuis plus à plaindre qu'à blâmer : ce que tu me vois faire n'eft point l'effet d'une volonté libre ; je fuis entraînée par un penchant fi tendre, que je ne puis y réfifler.
MARINE
Un penchant tendre ! Ces faibleffes vous conviennent-elles? Hé, fi! vous aimez comme une vieille bour^eoife.
LA BARONNE
Que tu es injufte, Marine ! Puis-je ne pas favoir gré au chevalier du facrifice qu'il me fait.
MARINE
Le plaifant facrifice ! que vous êtes facile à tromper ! Mort de ma vie ! c'ell quelque vieux portrait de famille; que fait -on? de fa grand"mère, peut-être.
LA BARONNE regardant le portrait.
Non ; j'ai quelque idée de ce vifage-là, & une idée récente.
MARINE prenant le portrait.
Attendez... Ah! jullement, c'efl ce coloffe de provinciale que nous vîmes au bal il 3^ a trois jours, qui fe fit tant prier pour ôter fon mafque, & que perfonne ne connut, quand elle fut démafquée.
LA BARONNE
Tu as raifon, Marine ; cette comteffe-là n'ell pas mal faite.
MARINE rendant le portrait a la baronne.
A peu près comme monfieur Turcaret. Mais fi la comtefie étoit femme d'affaires, on ne vous la facrifiroit pas, fur ma parole.
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