‹ Œuvres de Leconte de Lisle (volume 2)Chapitre 2 sur 46 · CHANT DE MORT GALLOIS DU VI* SIÈCLE · texte numérisé non relu

CHANT DE MORT GALLOIS DU VI* SIÈCLE

Loin du Cap de Penn'hor, où hurlait la mêlée Sombre comme le rire amer des grandes Eaux, Bonds sur bonds, queue au vent, crinière échevelée, Val cours, mon bon cheval, en ronflant des naseaux

Qu'il est sombre,le rire amer des grandes Eaux !

Franchis roc, val, colline et bruyère fleurie. Sur le funèbre Cap que la mer ronge et bat, Kenwarc'h le Chevelu, le vieux loup de Kambrie, Gît, mort, dans la moisson épaisse du combat.

Oh l le Cap de Penn'hor que la mer ronge et bat l

l6 POÈMES TRAGIQUES.

Cris et râles ont fait silence sous la nue :

L'âme des braves vole à l'étoile du soir,

La tête de Kenwarc'h pend sur ma cuisse nue

Et d'un flux rouge et chaud asperge ton poil noir.

L'âme farouche vole à l'étoile du soir !

Oc'h! Le corbeau joyeux fouille sa blanche gorge; Moi, j'emporte sa tête aux yeux naguère ardents. Par lourds flocons, pareille à la mousse de l'orge, L'écume, avec le sang, filtre à travers ses dents.

Voici sa tête blême aux j^eux naguère. ardents 1

Je ne l'entendrai plus, cette tête héroïque. Sous la torque d'or roux commander et crier ; Mais je la planterai sur le fer de ma pique : Elle ira devant moi dans l'ouragan guerrier.

Oc'h! oc'h! C'est le Saxon qui l'entendra crier!

Elle me mènera, Kenwarc'h ! jusques au lâche Qui t'a troué le dos sur le Cap de Penn'hor. Je lui romprai le cou du marteau de ma hache- Et je lui mangerai le cœur tout vif encor I

Kenwarc'h! Loup de Kambrie! oh! le Cap de Penn'hor 1

^rmw^.

Dans le ciel clair

Dans le ciel clair rayé par l'hirondelle alerte, Le matin qui fleurit comme un divin rosier Parfume la feuillée étincelante et verte Où les nids amoureux, palpitants, l'aile ouverte, A la cime des bois chantent à plein gosier Le matin qui fleurit comme un divin rosier Dans le ciel clair rayé par l'hirondelle alerte.

En grêles notes d'or, sur les graviers polis,

Les eaux vives, filtrant et pleuvant goutte à goutte,

Caressent du baiser de leur léger roulis

La bruyère et le thym, les glaïeuls et les lys ;

Et le jeune chevreuil, que l'aube éveille, écoute

Les eaux vives filtrant et pleuvant goutte à goutte

En grêles notes d'or sur les graviers polis.

l8 POÈMES TRAGIQUES.

Le long des frais buissons où rit le vent sonore,

Par le sentier qui fuit vers le lointain charmant

Où la molle vapeur bleuit et s'évapore,

Tous deux, sous la lumière humide de l'aurore,

S'en vont entrelacés et passent lentement

Par le sentier qui fuit vers le lointain charmant.

Le long des frais buissons où rit le vent sonore.

La volupté d'aimer clôt à demi leurs yeux,

Ils ne savent plus rien du vol de l'heure brève,

Le charme et la beauté de la terre et des cieux

Leur rendent éternel l'instant délicieux,

Et, dans l'enchantement de ce rêve d'un rêve,

Ils ne savent plus rien du vol de l'heure brève,

La volupté d'aimer clôt à demi leurs yeux.

Dans le ciel clair rayé par l'hirondelle alerte L'aube fleurit toujours comme un divin rosier; Mais eux, sous la feuillée étincelante et verte, N'entendront plus,un jour,les doux nids, Taile ouverte, Jusqu'au fond de leur coeur chanter à plein gosier Le matin qui fleurit comme un divin rosier Dans le ciel clair rayé par l'hirondelle alerte.

Le Suaire

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