DE MOHAMMED BEN-A MER-AL-M AN Ç O UR
VJémis, noble Yémen, sous tes palmiers si doux 1 Schàmah, lamente-toi sous tes cèdres noirs d'ombre I Sous tes immenses cieux emplis d'astres sans nombre, Dans le sable enflammé cachant ta face sombre, Pleure et rugis, Maghreb, père des lions roux!
Azraël a fauché de ses ailes funèbres
La fleur de Korthobah, la Rose des guerriers I
Les braves ont vidé les larges étriers,
Et les corbeaux, claquant de leurs becs meurtriers,
Flairent la chair des morts roidis dans les ténèbres.
O gorges et rochers de Kala't-al-Noçour, Qu'Yblis le Lapidé vous dessèche et vous ronge! Ce fulgurant éclair, plus rapide qu'un songe, Qiii du Hedjaz natal au couchant se prolonge, La Gloire de l'Islam s'est éteinte en un jouri
Devant ton souffle, Allah, poussière que nous sommesl
Vingt mille cavaliers et vingt mille étalons
Se sont abattus là par épais tourbillons ;
La plaine et le coteau, le fleuve et les vallons
Ruissellent du sang noir des bêtes et des hommes.
Le naphte, à flots huileux, par lugubres éclats, Allume l'horizon des campagnes désertes, Monte, fait tournoyer ses longues flammes vertes Et brûle, face au ciel et paupières ouvertes, Les cadavres couchés sur les hauts bûchers plats.
Allah ! dans la rumeur d'une foudre aux nuées, A travers le buisson, le roc et le ravin, Contre ces vils mangeurs de porc, gorgés de vin, Nos vaillantes tribus, dix fois, toujours en vain. Coup sur coup, et le rire aux dents, se sont ruées.
Et toi, vêtu de pourpre et de mailles d'acier, Coiffé du cimier d'or hérissé d'étincelles, Tel qu'un aigle, le vent de la victoire aux ailes, La lame torse en main, tu volais devant elles, Mohammed-al-Mançour, bon, brave et justicier!