‹ Œuvres de Leconte de Lisle (volume 2)Chapitre 36 sur 46 · LE ROMANCE DE D O M A BLANCA · texte numérisé non relu

LE ROMANCE DE D O M A BLANCA

— Jésus! Nepuis-je au moins confesser mes péchés? Faites venir un clerc tonsuré qui m'envoie

Au Paradis, après ma douloureuse voie.

— Confessez-vous à Dieu, Madame, et dépéchez I

— O douce France ! ô cher pays où je suis née ! Jamais plus, ô beau ciel, ne te verront mes yeux! O royale Maison des princes mes aïeux.

Des mon aube pourquoi t'avoir abandonnée?

Que t'ai-je fait, Castille ? et d'où vient mon malheur Que mes seize ans n'ont pu t'attendrir et te plaire? Mais, hélas ! par un vent de haine et de colère Ma rapide jeunesse est fauchée en sa fleur !

Pourtant, je n'ai failli d'acte ni de pensée Envers ce Roi cruel qui me veut tant de mal. Épouse, et vierge encor, comme au jour baptismal, O Jésus ! je descends dans la terre glacée.

Et vous, Rayons vivants de l'éternel Flambeau, Anges du Paradis, qui brûlez de saints zèles. Dans la paix et l'amour emportez sur vos ailes Mon àme immaculée au sortir du tombeau !

Maintenant, Dieu m'assiste ! Achève ma misère, Ami! Je te pardonne, ainsi que je le dois. — Alors le meurtrier féroce, des dix doigts, Prend le col délicat, frêle et doux, et le serre.

l68 POÈMES TRAGIQUES.

Puis il clôt les yeux bleus voilés de longs cils d'or, Dispose la figure au pâle lys pareille, Et, livide, muet, furtif, prêtant l'oreille. Disparait dans le noir et profond corridor.

Telle, à Xerez, finit Doiîa Blanca de France, Dès le berceau vouée au royal assassin ; Dieu, qui peut tout, ayant, dans un secret dessein, Empli son peu de jours d'angoisse et de souff"rance.

Mais le Diable, qui sait que son homme est à point,

Pousse déjà, du haut des blanches Pyrénées,

Les Routiers dévalant par bandes forcenées.

Et le Bâtard, la haine au cœur et dague au poing.

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La Maya

iVl aya! Maya! torrent des mobiles chimères. Tu fais jaillir du cœur de l'homme universel Les brèves voluptés et les haines amères, Le wonde obscur des sens et la splendeur du ciel; Mais qu'est-ce que le cœur des hommes éphémères, O Maya! sinon toi, le mirage immortel?

Les siècles écoulés, les minutes prochaines, S'abiment dans ton ombre, en un même moment, Avec nos cris, nos pleurs et le sang de nos veines Éclair, rêve sinistre, éternité qui ment, La Vie antique est faite inépuisablement Du tourbillon sans nn des apparences vaines.

LES ERINNYES

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