‹ Œuvres de Leconte de Lisle (volume 2)Chapitre 35 sur 46 · LE ROMANCE DE DONA BLANCA · texte numérisé non relu

LE ROMANCE DE DONA BLANCA

Voici. Prenez mon seing, bouclez vos éperons. Et courez au château de Xerez où demeure Dona Blanca. Je veux qu'en secret elle meure. Je vous remercierai quand nous nous reverrons. —

Mais le bon chevalier Juan Fernandez ne bouge :

— Sire Roi, mon épée est vôtre, non l'honneur. Je ne suis meurtrier, ni vil empoisonneur ;

Ma lignée est trop haute et mon sang est trop rouge.

Employez à cela quelque autre, s'il eu est Qui le veuille. D'ailleurs, Sire, prenez ma vie.

— Saint Jacques! dit le Roi, je n'en ai nulle envie. La touche est sûre, et l'or vierge s'y reconnaît.

Allez! je suis content de votre prud'homie. Je riais. Pensez-vous que je sois si méchant De vous faire tuer cette femme, sachant Ce que vous êtes? Non. Surtout n'en parlez mie.

— Sire, j'ai bouche close et vous baise les mains.

— C'est bien. — Hinestrosa gravement le salue, Et s'en va. Néanmoins, la chose est résolue. Ceux que hait Don Pedro n'ont point de lendemains.

Il appelle un massier de la garde, qu'on nomme, Étant Aragonais, ReboUedo Perez :

— Va-t'en tuer la Reine au donjon de Xerez. Ortiz, le châtelain du lieu, n'est pas mon homme.

l66 POÈMES TRAGIQUES.

Voici l'ordre. Tu prends sa place. Agis, sois prompt. Tu diras qu'elle était malade, et qu'elle est morte. Sinon, je te fais mettre en quatre, à chaque porte De la ville, où corbeaux et chiens te mangeront.

Écoute. D'une part, or, fief, chevalerie Et ma faveur ; de l'autre, une hache, un billot. Et la mise en quartiers. Choisis. Quel est ton lot ? Songe pourtant qu'il faut celer cette tuerie.

Ni lutte, ni cris . Point de vestige sanglant Qui puisse après la mort apparaître sur elle. Qu'elle semble finir de façon naturelle, En proie à quelque mal sans remède et très lent 1

As-tu compris? Réponds. — Ce m'est un jour de fête. Sire ! J'obéirai, dit le rude massier. — Certe, à voir ce poil fauve et cet œil carnassier, Le Roi ne doute pas que ce soit chose faite.

Pendant que le Perez chevauche allègrement Vers son crime, au grand trot du geuet qu'il active. De châteaux en donjons depuis dix ans captive, La jeune Reine pleure et plaint son long tourment.

Ortiz, qui la gardait, noble de race et d'âme. L'a quittée. Un grand mal lentement la détruit. Dit-on. Perez, un soir, dans son retrait, sans bruit. Entre : — Le Roi le veut, il faut mourir, Madame.

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