AGAMEMNON, KASANDRA
Guerriers, Matelots, Femmes de Kly-
taimnestra, Captifs et Captives.
klytaimnestra.
O Roi ! franchis le seuil antique de tes pères.
LES ÉRINNYES. 183
Entre, applaudi des Dieux et des hommes, vivant Et glorieux, sauvé des flots noirs et du vent, De ia foudre de Zeus et des lances guerrières ! Cher homme, qu'ont suivi mes pleurs et mes prières, Destructeur d'Ilios, rempart des Akhaiens! Quand, loin de la patrie, ô Chef, et loin des tiens, Au travers de la plaine où sonnaient les knémides. Tu poussais sur le mur massif des Priamides Un tourbillonnement d'hommes et de chevaux, Solitaire, livrée en pâture à mes maux, Errant de salle en salle au milieu des ténèbres, L'oreille ouverte au vol des visions funèbres. Moi, j'entendais gémir le palais effrayant; Et, de l'œil de l'esprit, dans l'ombre clairvoyant, Je dressais devant moi, majestueuse et lente. Ta forme blême, ô Roi, ton image sanglante! Que peut la morne veuve, hélas! d'un tel mari? Et c'est pourquoi ton fils, l'enfant que j'ai nourri, L'héritier florissant du sceptre et des richesses. Vit loin d'Argos et loin des embûches traîtresses. Tu le verras. Les temps sont passés à jamais Des songes pleins d'horreur où je me consumais. Et d'une attente aussi qui semblait éternelle. Voici l'homme! Voici l'active Sentinelle Du seuil, celui qui m'est plus doux et plus sacré Qu'au lointain voyageur ardemment altéré Le frais jaillissement de l'eau qui le convie! Viens donc, ô Maître, orgueil d'Hellas et de ma vie, Et foule fièrement d'un pied victorieux
ï84 POÈMES TRAGIQUES.
Cette pourpre qui mène au palais des aïeux I
Les femmes de Klytaimnestra étetident des tapis de pourpre devant Agamemnôn.