JOSÉ-MARIA DE HEREDIA
LE Vt^ DE GUERNE.
IMRNIERS POÈMES
La Paix des Dieux
\~J R , le Spectre dardait ses rigides prunelles Sur l'Homme de qui l'âme errait obscurément, Dans un âpre désir des Choses éternelles, Et qui puisait la vie en son propre tourment.
Et l'Homme dit : — Démon ! qui hantes mes ténèbres, Mes rêves, mes regrets, mes terreurs, mes remords, O Spectre, emporte-moi sur tes ailes funèbres. Hors de ce monde, loin des vivants et des morts.
Loin des globes flottant dans l'Étendue immense Où le torrent sans fin des soleils furieux Roule ses tourbillons de flamme et de démence, Démon! emgorte-moj jusqu'au Charnier des Dieux .
Oh! Loin, loin de la Vie aveugle où l'esprit sombre Avec l'amas des jours stériles et des nuits, Ouvre-moi la Cité du silence et de l'ombre, Le sépulcre muet des Dieux évanouis.
Dorment-ils à jamais, ces Maîtres de la Terre Qui parlaient dans la foudre au monde épouvanté Et siégeaient pleins d'orgueil, de gloire et de mystère ? Se sont-ils engloutis dans leur éternité?
Où sont les Bienheureux, Princes de l'harmonie. Chers à la sainte Hellas, toujours riants et beaux. Dont les yeux nous versaient la lumière bénie Qui semble errer encor sur leurs sacrés tombeaux?
O Démon ! Mène-moi d'abîmes en abîmes, Vers ces Proscrits en proie aux siècles oublieux. Qui se sont tus, scellant sur leurs lèvres sublimes Le Mot qui fit jaillir l'Univers dans les cieux.
Vois ! mon âme est semblable à quelque morne espace Où, seul, je m'interroge, où je me réponds seul, Et ce monde sans cause et sans terme où je passe M'enveloppe et m'étreint comme d'un lourd linceul. —