‹ Œuvres de Leconte de LisleChapitre 12 sur 88 · E s reins liés au tronc d'un hêtre séculaire · texte numérisé non relu

E s reins liés au tronc d'un hêtre séculaire

Par les lambeaux tordus de l'épais scapulaire,

Le moine était debout, tête et pieds nus, les yeux

Grands ouverts, entouré d'hommes silencieux,

Kathares de Toulouse et d'Albi, vieux et jeunes,

En haillons, desséchés de fatigue et de Jeûnes,

Horde errante, troupeau de fauves aux abois

Que la meute pourchasse et traque au fond des bois.

Et tous le regardaient fixement. C'était l'heure

Où le soleil, des bords de l'horizon, effleure,

Par jets de pourpre sombre et par éclats soudains,

Les monts dont la nuit proche assiège les gradins;

Et la tête du Moine, immobile, hantée

D'yeux caves, semblait morte et comme ensanglantée.

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Or, le chef des Parfaits fît un pas, et tendit Le bras vers le captif, et voici ce qu'il dit :

— Frères, voyez ce moine 1 II a la face humaine. Mais son cœur est d'un loup^ chaud de raf^e et de haine . Il est jeune, et plus vieux de crimes qu'un démon. Celui qui l'a pétri de son plus noir limon Pour être dans la main de la Prostituée Une bête de proie au meurtre habituée.

Et pour que, de l'aurore à la nuit, elle fût Toujours soûle de sang et toujours à l'affût, Fit du rêve hideux qui hantait sa cervelle Un blasphème vivant de la Bonne Nouvelle. Frères 1 Notre Provence, ainsi qu'aux anciens temps, Souriait au soleil des étés éclatants; Sur les coteaux, le long des fleuves, dans les plaines. Les moissons mûrissaient, les granges étaient pleines, Et les riches cités, orgueil de nos aïeux, Florissaient dans la paix sous la beauté des cieux; Et nous coulions, heureux, nos jours et nos années, Et nos âmes vers Dieu montaient illuminées, Vierges du souffle impur de la grande Babel Par qui saigne Jésus comme autrefois Abel, Et qui, dans sa fureur imbécile et féroce. Etrangle avec l'étole, assomme avec la crosse, Ou, pareille au César des siècles inhumains, De flambeaux de chair vive éclaire ses chemins ! Mais nos félicités, hélas I sont non moins brèves

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