‹ Œuvres de Leconte de LisleChapitre 13 sur 88 · LA MORT DU MOINE · texte numérisé non relu

LA MORT DU MOINE

Que les illusions rapides de nos rêves,

Kt, dans l'effroi des jours, l'épouvante des nuits,

Les biens que nous goûtions se sont évanouis,

Quand l'Antéchrist Papal, hors du sombre repaire,

Eut déchaîné ce loup sur notre sol prospère.

Il ^st venu, hurlant de soif, les yeux ardents,

La malédiction avec la bave aux dents.

Et poussant, comme chiens aboyeurs sur les pistes,

L'assaut des mendiants et des voleurs papistes

A qui tous les forfaits sont gestes familiers :

Princes bâtards, barons sans terre et chevaliers

Pillards, chassés du Nord pour actions perverses.

Et routiers vagabonds d'origines diverses.

Et tous se sont rués en affamés sur nousl

Et ce boucher tondu, le sang jusqu'aux genoux.

Pourvoyeur de la tombe et monstrueux apôtre,

Le goupil d'une main et la torche de l'autre.

Sans merci ni relâche, en son furieux vol,

A promené massacre, incendie et viol !

Frères, souvenez-vous I Nos villes enflammées

Vomisssent au ciel bleu cris, cendres et fumées;

Nos mères, nos vieillards, nos femmes, nos enfants,

Par milliers, consumés dans les murs étouffants.

Pendus, mis en quartiers, enfouis vifs sous terre,

Font du pays natal un charnier solitaire

D'où les corbeaux repus s'envolent, et qui dort

Dans l'horreur du supplice et l'horreur de la mort,

Mais qui gémit vers Dieu plus haut que le tonnerre !

Or, voici l'égorgeur et le tortionnaire.

La Justice tardive en nos mains l'a jeté. Parle donc, Moine, au seuil de ton éternité! L'heure est proche. Réponds. Repens-toi de tes crimes, Et que Jésus t'absolve au nom de tes victimes ! —

Et le Moine écoutait l'homme impassiblement, Tête haute, au milieu d'un sourd frémissement De vengeance certaine et de plaisir farouche. Puis, un amer mépris lui contractant la bouche Et gonflant sa narine, il parla d'une voix Grave et dure :

— J'entends un insensé I Je vois De galeuses brebis, loin du Berger qui pleure. Dans la vivante mort s'enfoncer d'heure en heure. Et je leur dis ceci par ultime pitié : Gémissez ! Déchirez votre corps châtié, Lavez de votre sang les souillures de l'âme ; Et peut-être, échappés à l'éternelle Flamme, Dans quelques millions de siècles, mais un jour, Serez-vous rachetés par le divin Amour En vertu de la longue épreuve expiatoire Et des heureux tourments du sacré Purgatoire. Faites cela. J'ai dit. Sinon, chiens obstinés. Chair promise k l'Enfer pour qui vous êtes nés. Maudits septante fois, rebut du monde, écume D'infection, qui sort de l'abîme et qui fume De la gorge du Diable, allons ! Ne tardez plus. Frappez! Couronnez-moi du nimbe des Elus;

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