LE PITON DES NEIGES
Mais sur le vieux Piton, roi des monts ses vassaux,
Hôte du ciel, seigneur géant des grandes Eaux,
Qui dresse, dédaigneux du fardeau des années,
Hors du gouffre natal ses parois décharnées.
Un silence sacré s'épand de l'aube en fleur.
Jamais le Pic glacé n'entend l'oiseau siffleur.
Ni le vent du matin empli d'odeurs divines
Qui rit dans les palmiers et les fraîches ravines.
Ni, parmi le corail des antiques récifs.
Le murmure rêveur et lent des flots pensifs.
Ni les vagues échos de la rumeur des hommes.
Il ignore la vie et le peu que nous sommes.
Et calme spectateur de l'éternel réveil.
Drapé de neige rose, il attend le Soleil.
^^^:::^/b^^?^^/i^JÉfcli^vS!^^
Les yeux d'or de la Nuit
i-/ES yeux d'or de la Nuit, dans la mer qui les berce ^ Luisent comme en un ciel lentement onduleux. Le tranquille soupir exhalé des flots bleus Se mêle à l'air muet et tiôde, et s'y disperse.
Les eaux vives, fluant sous les rosiers épais, Qui d'un frisson léger meuvent les hautes mousses, Eveillent des rumeurs subtiles et si douces Qu'elles semblent accroître et répandre la paix.
Au fond des nids soyeux, la blonde tourterelle. Et l'oiseau de la Vierge, hôte furtif des riz, Enivrés de l'odeur des orangers fleuris. Sous leur plume entr'ouverte ont ployé leur cou frêle.
LES YEUX d'or DE LA NUIT. 77
Derrière le rideau des pics silencieux, Vers l'Orient baigné d'une brume de perle, Émerge, en épanchant sa blancheur qui déferle, La lune éblouissante, épanouie aux cieux ;
Tandis que, d'un seul bond, hors de l'antique abîme, Comme un bloc lumineux et suspendu dans l'air, La montagne immobile élargit sur la mer Le reflet colossal de sa masse sublime.
O paix inexprimable I O nuit 1 Sommeil divin ! Mondes qui palpitiez sur les houles dorées ! Celui qui savoura vos ivresses sacrées Y replonge à jamais en ses rêves sans fin.
Soleils! Poussière d'or...
3 o L E I L s 1 Poussière d'or éparse aux nuits sublimes Où l'esprit éperdu s'envole et plonge en vain ! Vous épanchez sur nous, du fond de bleus abîmes, La bienheureuse paix du silence divin, Soleils ! Poussière d'or éparse aux nuits sublimes :
Mais qui sait, ô splendeurs, ravissement des yeux,
Qui déroulez sans fin vos spirales sacrées
Dans l'infini désir d'un but mystérieux,
Qui sait si, loin de nous, des voix désespérées
Des plus amers sanglots ne troublent pas vos cieux ?
"Enfers ou Paradis des espaces sublimes,
Tels que nous qui passons ombres d'un songe vain,
L'inévitable Mort, d'abîmes en abîmes
Vous entraîne à jamais vers le Néant divin.
Enfers ou Paradis des espaces sublimes !
soleils! poussière d'or... 79
Ivres et haletants, portés de ciel en ciel
Par l'aveugle et fougueux torrent des Destinées,
Pourquoi jaillissez-vous du Vide originel?
Que sont des milliards de milliards d'années,
Quand vient l'heure où tout rentre au repos éternel ?
Soleils, Mondes, Amour, illusions sublimes, Désirs, splendeurs ! si tout est éphémère et vain Dans nos coeurs aussi bien qu'en vos profonds abîmes, Votre instant est sacré, votre rêve est divin, Soleils, Mondes, Amour, illusions sublimes I
Croulez donc dans la nuit du Gouffre illimité. Mondes ! Vivants soleils, éteignez donc vos flammes ! Et toi, qui fais un Dieu de l'homme, ô volupté. Amour ! Tu peux mourir, ô lumière des âmes. Car ton rapide éclair contient l'éternité.
•GV
Dans l'air léger