L AIGU BRUISSEMENT
La mer calme, d'argent et d'azur irisée, D'un murmure amoureux saluait le soleil ; Les taureaux d'Antongil, au sortir du sommeil, Haussant leurs mufles noirs humides de rosée, Mugissaient doucement vers l'Orient vermeil.
Tout n'était que lumière, amour, joie, harmonie; Et moi, bien qu'ébloui de ce monde charmant, J'avais au fond du cœur comme un gémissement, Un douloureux soupir, une plainte infinie, "^ Très lointaine et très vague et triste amèrement.
C'est que devant ta grâce et ta beauté, Naturej^ Enfant qui n'avais rien souffert ni deviné, Je sentais croître en moi Thomme prédestiné, Et je pleurais, saisi de l'angoisse future, Épouvanté de vivre, hélas! et d'être né.
[<^î2^trr^^/
Le Piton des Neiges
i-^A lumière s'éveille à l'orient du monde.
Elle s'épanouit en gerbes, elle inonde,
Dans la limpidité transparente de l'air,
Le givre des hauts pics d'un pétillant éclair.
Au loin, la nier immense et concave se mêle
A l'espace infini d'un bleu léger comme elle,
Où, s'enlaçant l'un l'autre en leur cours diligent,
Sinueux et pareils à des fleuves d'argent.
Les longs courants du large, aux sources inconnues,
Étincellent et vont se perdre dans les nues;
Tandis qu'à l'Occident où la brume s'enfuit,
Comme un pleur échappé des yeux d'or de la Nuit,
Une étoile, là-bas, tombe dans l'étendue
Et palpite un moment sur les flots suspendue.