‹ Œuvres de Leconte de LisleChapitre 3 sur 88 · LA PAIX DES DIEUX · texte numérisé non relu

LA PAIX DES DIEUX

Puis Ahourâ-Mazda, la Lumière vivante, D'où les Izeds joyeux sortaient par millions, Et le sombre Ahrimân, le Roi de l'épouvante, Couronné de l'orgueil de ses rébellions;

Puis Asschour et Nergal, Bel dans sa tour de briques Et ceux des monts, des bois obscurs et de la mer : Hu-ar-Braz et Gwidhoùn et les Esprits Kimriques ; Et les Dieux que l'Aztèque engraissait de sa chair;

Et les Ases, couchés sur les neiges sans bornes : Odin, Thor et Freya, Balder le Désiré Qui devait s'éveiller aux hurlements des Nornes Quand ta Fille jalouse, Ymer, aurait pleuré ;

Puis les divins Amis de la Race choisie. Les Immortels subtils en qui coulait l'Ikhôr, Héroïsme, Beauté, Sagesse et Poésie, Autour du grand Kronide assis au Pavé d'or;

Enfin, dans le brouillard qui monte et le submerge, Pâle, inerte, roidi du crâne à ses pieds froids. Le blond Nazaréen, Christ, le Fils de la Vierge, Qui pendait, tout sanglant, cloué nu sur sa croix.

Et l'Homme cria : — Dieux déchus de vos empires, O Spectres, ô Splendeurs éteintes, ô Bourreaux Et Rédempteurs, vous tous, les meilleurs et les pires, Ne revivrez- vous plus pour des siècles nouveaux?

Vers qui s'exhaleront les vœux et les cantiques Dans les temples déserts ou sur l'aile des vents? A qui demander compte, ô Rois des jours antiques, De l'angoisse infligée aux morts comme aux vivants ?

Vous en qui j'avais mis l'espérance féconde, Contre qui je luttais, fier de ma liberté, Si vous êtes tous morts, qu'ai-je à faire en ce monde. Moi, le premier croyant et le vieux révolté? —

Et l'Homme crut entendre alors dans tout son être Une Voix qui disait, triste comme un sanglot : - Rien de tel, jamais plus, ne doit revivre ou naître; Les Temps balayeront tout cela flot sur flot.

;n ne te rendra plus la foi ni le blasphème, La haine, ni l'amour, et tu sais désormais. Eveillé brusquement en face de toi-même. Que ces spectres d'un jour c'est toi qui les créais.

Mais, va! Console-toi de ton œuvre insensée. Bientôt ce vieux mirage aura fui de tes yeux. Et tout disparaîtra, le monde et ta pensée. Dans l'immuable paix où sont rentrés les Dieux. —

Sîj

L'Orient

Vénérable Berceau du monde, où l'Aigle d'or, Le Soleil, du milieu des Roses éternelles, Dans l'espace ébloui qui sommeillait encor Ouvrit sur l'Univers la splendeur de ses ailes!

Fleuves sacrés, forêts, mers aux flots radieux, Ame ardente des fleurs, neiges des vierges cimes, O très saint Orient, qui conçus tous les Dieux, Puissant évocateur des visions sublimes!

Vainement, à l'étroit dans ton immensité. Flagellés du désir de l'Occident mythique, En des siècles lointains nos pères t'ont quitté ;

Le vivant souvenir de la Patrie antique

Fait toujours, dans notre ombre et nos rêves sans fin,

Resplendir ta lumière à l'horizon divin.

La Joie de Siva

Ljes siècles, où les Dieux, dès longtemps oubliés.

Par millions, jadis, se sont multipliés;

Les innombrables jours des aurores futures

Qui luiront sur la vie et ses vieilles tortures,

Et qui verront surgir, comme des spectres vains,

Des millions encor d'Ephémères divins;

Et l'âge immesuré des astres en démence

Dont la poussière d'or tournoie au Vide immense.

Pour s'engloutir dans l'ombre infini où tout va;

Tout cela n'est pas même un moment de Siva.

Et quand rillusion j[ui conçoit et qui crée.

Stérile, aura tari sa matrice sacrée

D'où sont nés Thomme antique et l'univers vivant;

Quand la terre et la flamme, et la mer et le vent,

LAJOIEDESrVA. II

Et la haine et l'amour, et le désir sans trêve, Les larmes et le sang, le mensonge et le rêve. Et l'éblouissement des soleils radieux.

Dans la nuit immobile auront suivi les Dieux; Se faisant un^ollier de béantes mâchoires Qui s'entre-choqueront sur ses épaules noires, Siva, dansant de joie^ ivre de volupté, O Mort, te chantera dans ton Éternité !

Hymnes Orphiques

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