‹ Œuvres de Leconte de LisleChapitre 38 sur 88 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Makra 1 Ne parle pas de cet impur repaire !

lÔN.

C'est un lieu vénérable et d'Apollon aimé,

KRÉOUSA.

Dans cet antre fatal que ta bouche a nommé, Un crime, une action lâche, odieuse, impie, De celles que jamais le coupable n'expie, Je l'atteste. Etranger, par ce jour qui nous luit, Fut commise autrefois durant la noire nuit.

lÔN .

Et ce forfait ancien n'a point laissé de trace?

KRÉOUSA.

Non!

I ô N , après nn silence..

Dis-moi ton époux? Est-il de bonne race?

KRÉOUSA.

Il se nomme Xouthos, il sort de Zeus tonnant. Et sur la sainte Attique il règne maintenant. Ayant conquis pour nous l'Ile aux vertes olives Qu'un orageux détroit sépare de nos rives. Il gravit la montagne, et nous venons tous deux Consulter de Pythô l'oracle hasardeux.

BIBLIOTHEM

lOO 1/ APOLLON IDE,

ION

Pour VOS enfants sans doute, honneur de l'hyménée?

KRÉOUSA.

Nous n'avons point d'enfants.

lÔN .

O femme infortunée !

Quoi! Tu n'as point d'enfants?

KRÉOUSA.

Apollon le sait bien !

Mais toi, cher Étranger, quel pays est le tien? Q.ue ta mère est heureuse, hélas 1

lÔN.

Reine, j'ignore Mon pays, mes parents.

KRÉOUSA.

O Dieux! si jeune encore.

Tu n'as jamais connu ta mère?

Non, jamais.

Dans les langes de lin où, dit-on, je dormais, Ce temple m'a reçu comme un oiseau sans ailes. Et le Dieu m'a nourri de ses mains immortelles.

PREMIERE r A R T I E . lOI

Je sais une autre femme, hélas ! qui pleure aussi L'enfant qu'elle a perdu jadis. Je viens ici, Dans Pythô, demander pour elle... J'ose à peine, Par pudeur, révéler...

Parle I J'écoute, ô Reine !

KRÉOUSA.

Cette femme, outrageant Pallas et la vertu Des vierges, eut un fils d'Apollon.

lÔN .

Que dis-tu?

Une mortelle ! un Dieu !

KRÉOUSA.

Certe, Apollon lui-même 1 Que pouvons-nous, hélas ! contre un Dieu qui nous aime ? Dans l'antre de Makra cet enfant vit le jour Et des bras maternels fut ravi sans retour.

Est-il mort?

KRÉ ous A.

Je ne sais s'il vit. O chère image !

11 te ressemblerait, il aurait le même âge.

102 L APOLLONIDE

lÔN.

Apollon fut injuste, et je dis hautement Qu'il est mal, homme ou Dieu, de trahir son serment. Mais ne reprochons rien aux Daimones sublimes : Ils ne consentent point qu'on révèle leurs crimes, Et les biens qu'on poursuit contre leur volonté Mêlent plus d'amertume à notre adversité.

KRÉOUSA, à pari.

Si ma bouche se tait, qui tarira mes larmes?

A lùn.

Mais, Etranger, j'entends le bruit strident des armes. On approche. Voici Xouthos, mon noble époux. Ne dis rien de ceci, car les Rois sont jaloux Et confondent souvent, dans nos âmes blessées, Les coupables secrets et les bonnes pensées.

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