‹ Œuvres de Leconte de LisleChapitre 43 sur 88 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

ION, XOUTHOS, LE Chœur des Guerriers.

XOUTHOS.

D'où viennent ce silence et ce front soucieux, Et cette ombre, ô mon lils, qui passe dans tes yeux? Regrettes-tu ce Temple où fleurit ta jeunesse? Songe à ton père, au thrône, au peuple qui s'empresse Au-devant de ton char dans la grande Athèna, Jamais un plus beau jour aux cieux ne rayonna! Es-tu donc malheureux de ma joie, ô chère âme?

lÔN.

O mon père, je crains qu'on m'envie et me blâme D'envahir brusquement ta demeure et tes biens. La Reine Kréousa, fille d'aïeux anciens. S'étonne, non sans droit, de ma prompte fortune. Vois, mon aspect déjà la trouble et l'importune. Elle n'a point de fils, et, dans son cœur jaloux, Certe, elle haïrait l'enfant de son époux. Tu sais que de douleurs, d'actions inhumaines, De forfaits imprévus sont sortis de ces haines.

L APOLL ONIDE,

Tu ne les préviendrais qu'en me sacrifiant;

Ou, moi-même, inquiet, furtif et défiant,

Plein de l'amer regret de l'enfance sereine,

Peut-être qu'à mon tour je haïrais la Reine.

Ah! laisse-moi plutôt jouir obscurément

Des humbles biens goûtés sans trouble et sans tourment.

xo UT II os.

Mon fils, ne doute pas des bonnes Destinées,

Loin de flétrir la fleur de tes jeunes années,

La Reine, à qui les Dieux n'ont point donné d'enfants,

Te servira de mère. En vain tu t'en défends :

Tu céderas, mon fils, à ma plus chère envie

En siégeant sur mon thrône, au terme de ma vie.

Hélas ! le noir essaim des soucis mécontents Vole, dit-on, autour des thrônes éclatants. Et l'imprécation de l'opprimé qui pleure Epouvante les Rois dans leur riche demeure. Mais ici, chacun m'aime et me sourit ; l'autel Y mêle ses parfums à la fraîcheur du ciel ; On n'y dédaigne point mon obscure naissance ; Je vis dans la lumière et dors dans l'innocence. Père, ces bois sacrés me pleureraient loin d'eux. N'emmène point ton fils, permets-lui d'être heureux.

X o u T II o s .

Il te faut obéir au Dieu que tu révères!

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