‹ Œuvres de Leconte de LisleChapitre 73 sur 88 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

Salut, Rayon tombe de la Lumière antique. Aïeul des Rois futurs, Ephèbe aimé des Dieux ! Poursuis, Enfant sacré, tes destins glorieux. Et, délaissant ton nid, loin du Rocher Pythique, Jeune Aigle, envole-toi vers de plus larges cieux!

La Passion fut composée par Lcconte de Lislc, à la demande d'un peintre de ses amis, pour accompagner les quator:^e tableaux d'un chemin de croix. Le Poète adopta les divisions consacrées, et soumit son œuvre impersonnelle aux exigences religieuses.

Ce poème parut pour la première fois dans l'édition des Poésies complètes de Leconte de Lisle^ un volume in-i2, Paris, Poulet -Malassis et de Braise, 18^8. Pour diverses raisons qu'il ne nous appartient pas d'apprécier, l'illustre Poète avait retranché la Passion i« éditions postérieures données par Alphonse Lcmerre.

Quoiqu'il en soit, ce poème qui ne fut jamais formellement désavoué par son auteur, fait partie de l'œuvre de Leconte de Liste. Il n'était pas oublié, bien qu'il ne fiit plus connu que de quelques-uns. Les éditeurs ont cru devoir céder à de pressantes et légitimes sollicitations en le joignant au présent volume.

A via Mcte.

GETHSEMANI

Jésus au Jardin des Oliviers.

-La nuit envahissait le Temple jusqu'au faîte. Par delà le torrent où but le Roi-Prophète, Sur la montagne, aux flancs de ronce et de graviers, Les Onze étaient couchés sous les noirs oliviers. Et tandis qu'ils dormaient, chargés de lassitude. Un sanglot surhumain troubla la solitude ; Et nul ne l'entendit parmi ceux qui vivaient ; Et des larmes de sang sur la terre pleuvaient, Comme aux jours disparus des prodiges antiques

l66 LA PASSION.

Où s'agitaient des morts les muettes reliques. Et l'homme, sans mourir, n'aurait point écouté Ce cri de désespoir dans l'espace emporté. Car c'était un sanglot de l'angoisse infinie, C'était Dieu qui suait sa sueur d'agonie !

Vous l'entendîtes seuls. Anges des cieux venus ! Vos yeux, brûlants de pleurs jusqu'alors inconnus. Pour consoler au moins sa détresse sublime, Versaient leur pitié sainte à la grande Victime ; Et toi, Gethsémani, qui dois fleurir un jour, Aux soupirs de ton Dieu tu tressaillais d'amour !

Enveloppé d'un pan de sa robe grossière.

Il s'agite et frémit, le front dans la poussière.

Ses longs cheveux épars, où palpitent encor

Quelques mornes reflets de l'auréole d'or,

Traînent confusément, pleins de fange et de sable.

Il sent gémir en lui la race périssable :

Tous les siècles éteints renaissent sous ses yeux ;

Et, criant à travers le silence des cieux,

Les flots du sang versé, tels qu'une mer d'écume,

Montent jusqu'à son cœur abreuvé d'amertume.

O Jardin du Cédron, lieu sinistre et sacré,

O refuge suprême où David a pleuré,

Tu vis le Juste, en proie à l'angoisse profonde.

Racheter par l'amour les souillures du monde.

Et, tout chargé des maux et des remords humains.

Elever dans la nuit ses suppliantes mains :

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