Oeuvres de Lesage précedée d'une notice biographique et litteraire
On a ignoré pondant lonjf- temps quelle ville avoit donne naissance il Lesage ; on le savait originaire de Bretagne , voilà tout ; les renseignements précis manquaient , et les biographes, dans l'incertitude où ils se Irouvoient placés, altrihuoient tantôt à Rhuys, tantôt à Vannes, un honneur qu'aucune ville de la province ne revendiquait d'ailleurs, et ne songeoit à leur disputer.
Ce n’est qu'en 1810 qu'un philologue distingué, M. Audiflrct, tenta de soulever le voile qui couvrait le berceau de Lesage, et résolut d'éclaircir un point d'histoire littéraire resté trop long-temps obscur. Grâce à ses persévérants efforts, à la recommandation bienveillante de deux ministres, et au zélé que le préfet du Morbihan mil à le seconder dans sa tâche laborieuse, M. Audiiïrot vil peu A peu se dissiper scs incertitudes sur ce point , et il parvint enfin à déterminer d'une manière positive , d'après des litres et des documents incontestables , le jour, l’année et le lieu précis de la naissance de l’immortel auteur de Cil lilas.
C’est à Sarzeau ( Morbihan), petite ville de la presqu'île de Rhuys, que naquit, le 8 mai 1G68 , Alain-René Lesage. Chose singulière, celui qui devoit un jour enrichir notre scène do Crispin rival de San maître , et de Turcaret , naissoit l'année même où Racine donnoit au théâtre ses Plaideur i et Molière son Avare.' \ Pour un homme que la nature deslinoit à suivre la mémo carrière , c'ètoit assurément naître sous de favorables auspices.
René Lesage fut le seul fruit du mariage de ; Claude Lesage et de Jeanne Brenugal. Son père , qui exerçoit simultanément , auprès de la cour royale de Rliuys, les fondions d’avocat , de notaire cl de greffier , jouissoil d'une
1 honorable aisance ; mais celle aisance lenoit bien plus au produit de sa triple charge , qu’à une fortune transmissible , échue ou acquise : . aussi, René, ayanl perdu sa mère en 1677 et son père cinq ans après , ne fit qu'un trèsmince héritage. Orphelin à quatorze ans, il passa sous la tutelle d'un oncle qui , par suile de son administration inhabile , compromit et laissa dépérir le patrimoine de son pupille. Si, malheureusement pour le jeune René, son tuteur négligea sa petite fortune , heureusement pour les lettres il ne négligea pas son éducation. Lesage fut placé au collège des jésuites de Vannes, où il ne tarda pas à se distinguai ; il y fit, d’une manière brillante, la plus grande' partie de scs études ; mais il en sortit, sans les avoir achevées, pour entrer dans les fermes de Bretagne, où il remplit, pendant plusieurs années , un fort modeste emploi. La vie bureaucratique déplut-elle à Lesage, ou bien eut-il à | se plaindre d’une injustice , et de la conduite de quelque orgueilleux traitant à son égard , voilà ce qu’on ignore : de tes deux hypothèses également admissibles, la dernière a prévalu. Quoi qu’il en soit, Lesage abandonna en 1692 des fonctions qui ne convcnoient ni A ses goôls ni à son caractère, et vint se fixer à Paris.
Alors, il suivit les cours do l'Lniversité, et s’adonna pendant quelque temps à l’élude do la philosophie et à celle du droit. Au collège des jésuites , il fil la connoissancc de Danchcl, avec lequel il se lia d’une manière intime , et qui lui suggéra plus lard l’idée de son premier ouvrage.
Lesage possédoit, avec un esprit brillant, . des dehors distingués , des manières de lionne compagnie qui le firent bien acrucillir partout et rechercher de tout le monde : il devint même un homme à la mode, et s'il
Il NOTICE St
faut en croître la chronique du temps, « une » femme de condition lui donna son cœur, et » lui fil part d'une fortune qui , toute bornée a qu'elle étoil , parut considérable vis-à-vis » celle de Lesage. » C'est au» auteurs de l'Histoire du théâtre français que nous empruntons cette anecdote assez vraisemblable d’ailleurs . mais fort peu authentique , du reste. Les frères Parfaict ajoutent : « Nous ignorons » les événements qui suivirent ce commerce » amoureux ; mais enfin la mort ou l’éloignca ment de cette dame terminèrent cclto aven- » turc, a Si celte histoire est vraie, il parottra du moins étrange que le nom de celle qui en fut Phérotoe Boit resté inconnu. Celte liaison , en tout cas, dut être de bien courte durée, puisque Lesage, arrivé en 1692 à Paris, épousa, le 28 septembre 169f, Uarir-Élisabeth Huvard, très-jolie personne, dont les vertus étoient l’unique richesse , et ^joi éloit fille d'un bourgeois de la cité.
Peu de temps après son’ mariage, Lesage se fit recevoir au parlement. On ignore s'il exerça , car bicnlAl il abandonna le titre d’avocat pour prendre relui de bourgeois de Paris. C’est A peu près vers celle époque que Danchet , qui professoil la philosophie à Chartres , l'engagea à traduire les Lettre» gahmtct d’Aristénéte, écrivain du IV* siècle. Lesage suivit les conseils de son ami ; è l'aide de la traduction latine de Jacques Bongars, il arrangea une sorte d imitation de l’ouvrage grec que Danchct fit imprimer à Chartres en 1695, sous la rubrique de Rotterdam. Cet essai malheureux passai peu près inaperçu. Lesage, qui s'étoit tierce de l’espérance d’un succès , fut un moment découragé : pour se procurer des ressources qui lui étoient absolument nécessaires , et que sa plume ne pouvoil pas encore lui fournir, il arcepla un emploi modique auquel il renonça peu de temps après l’avoir obtenu , pour se livrer tout entier aux lettres , vers lesquelles une passion dominante l'entratnoit.
Le maréchal de Villcroy, qui désiroit se l'attacher, lui fit faire vainement les propositions les plus avantageuses. Lesage, quoique pauvre, refusa, bien résolu de ne plus appartenir désormais qu’à lui. L'abbé de Lyonnc , ! son ami, en lui faisant une pension de six cents livres, dont il jouit durant sa vie entière, as- j